Travailler en équipe fait grossir le cerveau
Par LEXPRESS.fr, publié le 11/04/2012 à 17:07
Le travail en équipe et la puissance cérébrale se stimulent l’un l’autre, selon les scientifiques.
REUTERS/Chris Helgren
Si l’être humain a développé un cerveau aussi gros, c’est peut-être parce qu’il a été contraint de coopérer avec ses semblables, apprenant donc à travailler en équipe, suggèrent des scientifiques.
Pourquoi les hommes ont-ils des cerveaux si gros? Comparé à celui de ses prédécesseurs hominidés, celui de l’Homo sapiens a des allures de géant. Et les scientifiques n’ont jamais vraiment réussi à expliquer pourquoi il avait évolué de la sorte.
Jusqu’à ce qu’une étude publiée mercredi par la revue britannique Proceedings of the Royal Society B viennent éclairer leurs lanternes. Selon des chercheurs irlandais et écossais, la réponse pourrait être assez simple: pour survivre, l’être humain a eu besoin de coopérer et a donc dû se doter d’un cerveau suffisamment grand pour affronter la complexité de ces relations sociales, apprenant donc à travailler en équipe.
Pour les besoins de leur étude, ils ont réalisé un modèle informatique reproduisant le cerveau humain, au sein duquel le réseau de neurones était capable d’évoluer pour réagir à une série de défis sociaux. Ils ont ensuite soumis ce cerveau virtuel à deux scénarios. Dans le premier, deux criminels sont arrêtés et peuvent décider de dénoncer leur complice. Dans le second, les deux sont prisonniers dans leur voiture ensevelie et doivent déterminer s’ils unissent leurs efforts pour s’en extraire ou s’ils se contentent de laisser l’autre agir. Dans les deux cas, un individu est censé obtenir davantage de bénéfices en se montrant égoïste.
Des limites à la coopération
Et pourtant, plus son “cerveau” évoluait, plus l’individu était enclin à coopérer. “Nous coopérons fréquemment au sein de grands groupes d’individus qui ne se connaissent pas, et cela nécessite des capacités cognitives pour déterminer qui est en train de faire quoi, et ajuster son comportement en conséquence”, explique l’un des auteurs de l’étude, Luke McNally, du Trinity College de Dublin.
Le passage à des sociétés plus coopératives peut pousser à l’évolution d’un cerveau plus gros
La coopération n’est pas tout à fait désintéressée. Elle est souvent le fruit d’un calcul destiné à en évaluer les retombées positives, en particulier l’espoir d’un retour d’ascenseur, souligne le chercheur. Selon lui, le travail en équipe et la puissance cérébrale se stimulent l’un l’autre. “Le passage à des sociétés plus coopératives, plus complexes, peut pousser à l’évolution d’un cerveau plus gros. Et avec l’apparition de niveaux d’intelligence plus élevés, on constate que la coopération va beaucoup plus loin”.
Il y a toutefois des limites physiques à la coopération, tempère Robin Dunbar, anthropologue spécialiste de l’évolution à l’université d’Oxford. “La taille actuelle de notre cerveau limite la taille de la communauté avec laquelle nous pouvons interagir, celle à laquelle nous avons le sentiment d’appartenir”, explique-t-il. Selon lui, notre “réseau social personnel” est limité à environ 150 individus en moyenne, et faire passer ce chiffre à 500 nous obligerait à doubler la taille de notre cerveau.
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Pourquoi une chanson nous reste-t-elle en tête ?
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D’où viennent ces musiques qui hantent notre cerveau et qui, tout au long de la journée, se répètent encore et encore ? Deux experts se sont penchés sur la question et tentent de trouver des réponses et de trouver des solutions miracles.
Au bureau, en voiture, dans le métro… C’est dans tous ces endroits que votre oreille a plus de chance de vous souffler des airs de musique. Des airs que vous retiendrez tout au long de la journée. La mélodie, les paroles, la voix de l’interprète vous hantent tout le jour. Essayons de comprendre pourquoi ces chansons nous restent en tête.
Rhitu Chatterjee a rencontré une psychologue de la musique, le docteur Vicky Williamson, pour en savoir plus. “J’ai été impressionnée par le nombre de recherches en rapport avec ce phénomène“, déclare-t-elle avant de rajouter que ça lui arrive assez fréquemment. Le Dr Williamson est aussi une experte de la mémoire à l’Université londonienne Goldsmith.
Un phénomène propre à chacun
Cette dernière a même collaboré pour un programme avec la radio BBC, le Shaun Keaveny’s Breakfast Show. Une émission durant laquelle les auditeurs pouvaient donner la liste des chansons qu’ils avaient en tête. Le docteur est arrivé à en développer un site internet sur lequel une enquête est disponible. Après avoir collecté les réponses, des résultats commencent à naître. “Lorsque ma base de données atteignait 1 000 chansons, il n’y avait seulement une demie-douzaine de titres qui étaient référencés plus d’une fois. On constate alors que ce phénomène est assez hétérogène. C’est vraiment propre à chacun“, remarque le docteur.
L’actualité, la principale raison
Désormais, ce sont plus de 2 500 titres de musiques qui ornent sa base de données. Elle note aussi que ces titres varient selon l’actualité. Ainsi, lorsqu’un film ou une émission de télévision devient populaire, elle remarque une sorte d’homogénéité. “Soudainement, cinq ou six personnes rapportent le titre d’un nouveau film parce qu’elles viennent de le voir. Quand l’étude a été mise en ligne, c’était le titre de la série américaine Glee – ‘Don’t Stop Believing’ – qui était en pôle position“.
Les facteurs déclencheurs
Le docteur a pu identifier plusieurs facteurs déclencheurs de ce phénomène. “La première raison est l’exposition, c’est-à-dire lorsque la personne écoute la musique“. La seconde serait la répétition de cette même musique. Certes, ces deux explications paraissent assez anodines et simplistes, mais quelques fois, des musiques hanteront votre tête alors que vous ne les avez pas entendu depuis plusieurs mois voire années. Dans ce cas, c’est l’environnement du moment qui déclenche la mémoire. D’ailleurs le docteur Williamson l’a expérimenté alors qu’elle était dans son bureau. Elle y remarque alors une ancienne boîte de chaussures provenant du magasin “Faith”, “et juste en lisant le mot ‘Faith’, ma mémoire a tout renversé comme une ligne de dominos pour atteindre le souvenir de la chanson ‘Faith’ de George Michael. Je l’ai gardé en tête durant toute l’après-midi“.
Le stress et la “mémoire involontaire“
Le stress est aussi un facteur déclencheur. L’étude du docteur a révélé une femme qui, à l’âge de 16 ans, passait un examen. La chanson “Nathan Jones” du groupe Bananarama a alors envahi sa tête. “Désormais, à chaque moment de stress, cette chanson occupe ses pensées. Mariage, naissance, etc.” explique Vicky Williamson. L’arrivée de la chanson dans la tête est alors inconscient, ou tout du moins, involontaire. C’est ce que l’on appelle “la mémoire involontaire”, cette partie de la mémoire qui lorsque vous pensez à un aliment, vous avez alors l’envie d’en manger.
Mais comment se fait-il que cela fonctionne avec la musique ? “Tout d’abord, parce que la musique peut être décodée de différentes manières, c’est ce qui est appelé un ‘stimuli multi-sensoriel’. Cela se vérifie essentiellement avec les musiciens qui décodent ce qu’ils jouent“, décrit le Dr Williamson. Ainsi ce qui semble être une partition pour la plupart des gens, est en fait un son pour ces oreilles expertes. Elle ajoute un second point : “Deuxièmement, la musique est souvent décodée d’une manière personnelle et émotive, et nous savons que lorsque quelque chose nous touche plus particulièrement, c’est beaucoup plus facile de s’en souvenir“.
Une Histoire vieille de 200 000 ans
Mais Vicky Williamson n’est pas la seule experte à étudier ce phénomène. Daniel Levitin, expert en neuroscience de la musique de l’Université McGill à Montréal, souligne que “depuis toujours, on a besoin de se rappeler l’information. L’information telle que ‘où est le bien’ ou quel aliment est venimeux ou non, ou encore comment soigner une plaie pour ne pas qu’elle s’infecte”.
L’Homme moderne est apparu il y a environ 200 000 ans, mais la retranscription du langage a seulement été inventée il y a 5 000 ans. C’est pourquoi, à travers l’Histoire Humaine, les peuples ont mémorisé les informations importantes en chanson. Cette pratique se perpétue encore de nos jours dans les cultures où l’oral règne. Pour Levitin, la combinaison du rythme, des rimes et de la mélodie facilite la mémorisation des paroles.
Solution miracle ?
“Comment écarter cette musique de ma tête ?”, voici la question la plus récurrente que Daniel Levitin entend. Ce dernier, sans solution miracle à donner, répond le plus simplement du monde : “Pensez juste à une autre chanson ensuite, vous n’avez qu’à prier pour qu’elle fasse déguerpir la première !“. En attendant, vous pouvez toujours aller faire un peu de jogging, faire des mots-croisés ou vous occuper de quelconque manière pour vous changer les idées.
En espérant que la chanson à laquelle vous avez pensé pour ne plus avoir la première en tête ne s’installe pas, à son tour, au fin fond de votre mémoire et refasse surface quelques temps plus tard !
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Froid, faim, désydratation, les limites du corps humains / Le Figaro / 02_2012
En 1933, Le Mahatma Gandhi avait passé 21 jours de jeûne total. En 1972, lors d’un crash aérien dans la Cordillère des Andes, 16 Uruguayens ont survécu pendant 72 jours dans un froid pouvant atteindre les – 40°C. Plus récemment, un Suédois a été retrouvé vivant après être resté deux mois dans sa voiture coincée par la neige, sans nourriture. Le corps humain possède des ressources parfois insoupçonnées et peut faire preuve d’une grande capacité d’adaptation suivant l’état de santé physique et psychologique de la victime. Pour autant, la capacité de résistance d’un organisme soumis à rude épreuve connaît des limites.
• La déshydratation
Le corps humain est composé à 70% d’eau, un élément indispensable au bon fonctionnement des cellules. Si ces dernières ne sont plus hydratées, elles finissent par se détruire, endommageant le fonctionnement des organes vitaux.
Nous perdons près de deux litres d’eau chaque jour par la transpiration, la respiration et l’évacuation des urines. Si on arrête de boire, la déshydratation se manifeste d’abord par une soif intense, un dessèchement de la langue, de la bouche et de la peau. Ensuite, le taux de sel augmente dans le sang et provoque des maux de tête, des crampes, voire des troubles de la conscience. Le cerveau étant composé à 82% d’eau, le manque d’eau perturbe son fonctionnement. A ce stade, l’individu ne ressent plus la soif et son état s’aggrave. En principe, on ne peut pas tenir plus de trois jours sans boire.
• La dénutrition
Le corps humain s’adapte plus facilement à l’absence de nourriture qu’à l’absence d’eau. Néanmois, les nutriments restent indispensables à la production d’énergie nécessaire au métabolisme basal, c’est-à-dire aux fonctions vitales comme le simple fait de respirer.
Au cours des trois premiers jours du jeûne, l’organisme puise dans ses réserves de glucose, d’eau et de sel. Les jours qui suivent, les graisses et les muscles prennent le relais, conduisant à une fonte de la masse musculaire. Par réflexe, l’organisme se met en veille pour faire des économies d’énergie: le rythme cardiaque diminue, toutes les fonctions vitales se mettent au ralenti. Dans la dernière phase, les réserves en protéines, principal composant des cellules, sont utilisées. Quand 30 à 50% des protéines sont consommées, les limites de survie sont atteintes. En moyenne, un sujet peut rester 30 à 40 jours sans manger.
• L’insomnie
Combien de temps un être humain peut-il rester sans dormir? Quelques expériences ont tenté de répondre à cette question. Le Dr Max Fleury en présentent plusieurs dans son livre Le sommeil réparé. Il rappelle notamment le record jamais dépassé depuis 1965 de Randy Gardner, resté éveillé pendant onze jours consécutifs à l’âge de 17 ans. Depuis, les expériences ont montré que la moyenne se situe entre huit et dix jours. Les sujets présentent dans un premier temps « des signes classiques de la privation de sommeil, comme les troubles de l’humeur, de la concentration, de la perception». Au bout de plusieurs jours de veille, des hallucinations visuelles, olfactives, auditives et tactiles, accompagnées de douleurs aux extrémités des membres peuvent apparaître, avant de conduire à une issue fatale.
• L’hypothermie
Cet état correspond à l’abaissement de la température du corps au-dessous de 35°C, soit environ deux degrés en dessous de notre température moyenne, située à 37°C. La plupart du temps, l’hypothermie résulte d’une exposition prolongée au froid, menant à l’épuisement des défenses pour produire de la chaleur et maintenir la température du corps.
Trois types d’hypothermie sont recensées dans le Larousse médical (édition 2012): les hypothermies modérées (de 35 à 32°C) se caractérisent par des frissons, qui est un réflexe musculaire pour réchauffer l’organisme en brûlant du glycogène, chargé de libérer du glucose dans les cellules musculaires. Mais ce mécanisme ne dure que quelques heures. Vient ensuite le stade de l’hypothermie grave (de 32 à 26°C). Peu à peu, la température du corps diminue et entraîne des troubles de la conscience, un ralentissement de la fréquence cardiaque et une chute de la pression artérielle. La peau devient pâle et froide. La circulation sanguine se concentre autour des organes vitaux (coeur et cerveau) au détriment des extrêmités. Les pieds et les mains bleuissent, se raidissent, provoquant des engelures, des oedèmes, voire des gelures graves. Au-dessous de 26°C, la peau prend un aspect cadévérique. La victime ne montre pratiquement plus aucun signe de vie. La respiration est indétectable et le rythme cardiaque est extrêmement ralenti, jusqu’à ce que le coeur s’arrête, quand la température du corps chute à 23°C.
EN SAVOIR PLUS:
» Agir face à la déshydratation
» Les principaux troubles du sommeil
LIRE AUSSI:
» Les précautions à prendre en cas de grand froid
» «Pourquoi faut-il boire suffisamment d’eau?»
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Oliver Sacks, le voyant
Critique | LE MONDE DES LIVRES | 02.02.12 | 11h40
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Le neurologue et écrivain britannique Oliver Sacks à New York en juin 2009.AFP/CHRIS MCGRATH
“En 1986, écrivait Oliver Sacks au milieu des années 1990, un livre extraordinaire, sans précédent et impensable fut publié. Sans précédent, car il n’y avait jamais eu auparavant un récit de l’intérieur de l’autisme. Impensable, parce que le dogme médical durant quarante ans avait été qu’il n’y avait pas de vie intérieure dans l’autisme. Extraordinaire en raison de son étrange clarté. Cette voix venait d’un lieu qui n’avait jamais eu de voix, et elle parlait non seulement pour elle-même, mais pour des milliers d’autres.” La voix était celle de Temple Grandin, le livre, Ma vie d’autiste (Odile Jacob, 1986).
Comment découvrir la richesse et la singularité de ces mondes intérieurs qui nous semblent inaccessibles ? Il y a les récits écrits par ceux qui les vivent. Je suis né un jour bleu, de Daniel Tammet (Les Arènes, 2007) : “Je suis né un mercredi. Je sais que c’était un mercredi, parce que la date est bleue, dans mon esprit, et les mercredis sont toujours bleus, comme le nombre neuf, ou le son des voix bruyantes en train de se disputer.” Il y a La femme qui tremble, de Siri Hustvedt (Actes Sud, 2010) : “Un jour, en mai 2006, je me suis levée sous un ciel bleu sans nuages, et j’ai commencé à parler. Dès que j’ai ouvert la bouche, je me suis mise à trembler violemment. J’ai tremblé ce jour-là, et puis j’ai tremblé à nouveau d’autres fois. Je suis la femme qui tremble.” Des récits de courage. Il faut “oser la faiblesse, aller sans carapace, nu devant l’existence”, dit Alexandre Jollien, l’auteur d’Eloge de la faiblesse (Cerf, 1999).
Et il y a, bien sûr, les merveilleux récits du neurologue et écrivain britannique Oliver Sacks. L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau (1985), Un anthropologue sur Mars (1995), Musicophilia (2008)… Bouleversants d’humanité. Emplis de son envie de comprendre, de soigner, d’accompagner, de partager. Plongeant à travers des siècles d’histoire pour remettre en perspective les avancées les plus récentes de la médecine et des sciences.
Son nouveau livre, L’Œil de l’esprit, explore lui aussi l’étrange beauté de nos mondes intérieurs, à la découverte de ce don mystérieux que nous appelons voir. Un livre splendide. Peut-être le plus beau qu’il ait écrit. Qu’est-ce que voir ? C’est sur la rétine de nos yeux que s’imprime la lumière, mais c’est dans la pénombre de notre cerveau que surgissent les couleurs, les mouvements, le relief et que naît leur signification, tissée d’émotions, de souvenirs et d’attentes. Nous ne sommes pas conscients des mécanismes qui rendent possible ce miracle quotidien, cette réinvention, en nous, de ce que nous appelons la réalité. L’Œil de l’esprit explore les mystères de la lecture. En une fraction de seconde, la vue d’un mot active l’aire cérébrale de reconnaissance de la forme visuelle des lettres et des mots, et fait apparaître le sens du texte. Mais lire active aussi des régions cérébrales impliquées dans la compréhension du langage oral. Nous entendons lorsque nous lisons. Comme nous voyons lorsque nous entendons des mots. Et les univers qui surgissent en nous sont plus riches encore, emplis à la fois d’odeurs, de couleurs, de sons, de sentiments… Vertige des correspondances qu’explorent les neurosciences et dont Sacks nous révèle les prodigieux secrets. Il y a le mystère de la reconnaissance des visages, et cette capacité à vivre en nous les émotions et les intentions exprimées par les visages. Il y a le mystère des synesthésies, qui font apparaître en couleurs les lettres écrites noir sur blanc, ou qui font entendre des couleurs…
Mais l’essentiel, pour Sacks, ce sont les rencontres. Avec des hommes et des femmes que l’épreuve, la maladie, le handicap ont bouleversés et transformés. John Hull, devenu aveugle à l’âge adulte, qui commence à entendre les contours et les couleurs des paysages en écoutant tomber la pluie. Le philosophe Martin Milligan, aveugle depuis l’enfance, qui évoque ce sens supplémentaire qui lui permet de voir des objets par les déplacements d’air qu’ils provoquent sur son visage – il parle de la “vision par le visage”. Le résistant Jacques Lusseyran, qui perd la vue à l’âge de 7 ans et se met à voir les sons. “L’orchestre était comme un peintre, il me submergeait avec les couleurs de l’arc-en-ciel. Quand le violon jouait, j’étais empli d’or et de feu. Quand c’était le tour du hautbois, un vert clair me traversait, si frais qu’il me semblait percevoir le souffle de la nuit.” Sue Barry, une neurobiologiste qui n’a jamais vu en relief, entreprend une rééducation à l’aide de prismes qui font converger ses yeux sur une même image. Un jour, il neige. “Avant, la neige me semblait tomber en rideau plat en face de moi. Mais maintenant, je me sentais à l’intérieur, parmi les flocons de neige. J’étais submergée par une profonde sensation de beauté.” Un soir de concert, alors qu’elle a 67 ans, Lilian Kallir, une pianiste de renommée internationale, ne comprend soudain plus rien à sa partition de musique.
Elle joue de mémoire, et tout semble rentrer dans l’ordre. Un matin, le romancier canadien Howard Engel prend son journal devant sa porte, et croit qu’il est écrit en coréen… La pianiste a perdu la capacité de lire les partitions de musique – mais peut toujours lire les mots, les phrases. Le romancier a perdu la capacité de lire le langage écrit. Et ils vont, chacun, de façon extraordinaire, reconstruire leur vie et leurs relations au monde et aux autres. Le romancier puisera dans sa mémoire des ressources insoupçonnées, et recommencera à écrire. La pianiste plongera dans un univers de plus en plus indéchiffrable, où seule la musique lui procurera encore de la joie. Lors de l’une des visites que lui rend Sacks, il la trouve affolée, ne sachant plus où elle est. Elle finit par retrouver son piano, se met à jouer merveilleusement, de mémoire, s’apaise, sourit, puis dit à Sacks : “Tout est pardonné.”
Il y a, au coeur de ces rencontres, la puissance du langage, qui “nous permet à tous, écrit Sacks, même à ceux qui sont aveugles de naissance, de voir par le regard des autres”.
Le véritable visage
Mais ce qui donne à L’Œil de l’esprit son éclat exceptionnel et sa profonde beauté, c’est d’être à la fois, comme tous les livres de Sacks, un voyage initiatique à la découverte de l’autre, dans ce qu’il a de plus vulnérable et de plus secret, et aussi, comme les extraordinaires témoignages de Grandin, de Tammet, d’Hustvedt et de Jollien, un récit de l’intérieur, qui dit l’étrangeté du monde que vit celui qui écrit. Dans son nouveau livre, Oliver Sacks nous révèle que, depuis son enfance, il ne reconnaît pas les visages. Ni les lieux. Ni même son visage dans le miroir. Les visages et les lieux sont pour lui, depuis toujours, des labyrinthes sans fin dans lesquels il se perd.
Et je n’ai pu m’empêcher d’imaginer que cette incapacité à inscrire dans sa mémoire les traits des visages avait peut-être contribué à l’engager dans cet extraordinaire élan vers l’autre, et dans cette quête de ce que le philosophe Emmanuel Levinas appelait le véritable visage. Ce visage invisible, si intime que seul l’oeil de l’esprit et du coeur peut s’en approcher. Et y découvrir ce qu’il y a de plus singulier et de plus universel en nous – cette flamme tremblante de nos mondes intérieurs qui, par-delà toutes nos différences, fonde notre commune humanité.
Jean-Claude Ameisen, médecin et écrivain
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Richard David Precht : «La morale rend heureux» / Le Figaro / 01_2012
Mots clés : L’art de ne pas être égoïste, Richard David Precht
Par Astrid De Larminat Publié le 25/01/2012 à 12:04 Réagir <!–
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«Dès l’école primaire, on devrait apprendre aux enfants à se poser des questions sur les comportements qu’ils estiment», affirme Richard David Precht.
Richard David Precht est l’un des philosophes les plus en vue en Allemagne. Son nouvel ouvrage sur l’éthique, L’art de ne pas être égoïste, fait dialoguer la philosophie, les sciences humaines et l’éthologie.
Alors pourquoi nous comportons-nous souvent si mal?
Parce que l’environnement joue sur notre comportement. Il y a un conformisme moral. En schématisant, on peut dire que, parmi les loups, nous devenons des loups, parmi des agneaux, des agneaux. Si les autres agissent mal, on se sent légitime à agir de même. L’homme a besoin d’estime et de reconnaissance. Chez les banquiers, on admire les filous. Chez les infirmières, on accorde de la valeur à d’autres qualités! Mais les hommes, la plupart des hommes, ont un besoin vital de se croire bons. Si on flatte ce besoin, on peut tirer d’eux quelque chose.
Vous montrez que notre capacité à être bon doit être développée par l’éducation et l’imitation…
Oui, et, à rebours, une mauvaise éducation peut étouffer nos bonnes dispositions. Un exemple: les récompenses corrompent le caractère des enfants. Celui que l’on conditionne à faire quelque chose de bien contre une récompense ne se résoudra plus tard qu’à grand-peine à faire quelque chose gratuitement. Des expériences ont été faites en ce sens sur trois groupes d’enfants de vingt mois. Chaque fois qu’un enfant du premier groupe rendait service, on lui faisait un cadeau. Dans le deuxième groupe, ils étaient complimentés. Dans le troisième, ils ne recevaient rien. Tout au long de cette série d’expériences, les enfants du deuxième et troisième groupe ont continué à rendre service. En revanche, les enfants qui avaient été récompensés ont arrêté dès qu’on ne leur a plus donné de jouet. On les a rendus égoïstes, alors qu’ils étaient capables d’altruisme. Autre exemple: vous donnez du chocolat à votre enfant de deux ans, il est content. Vous lui en redonnez, il est encore content. Vous arrêtez de lui en donner et il sera plus malheureux que si vous ne lui en aviez jamais donné!
Et l’argent? Il ne fait pas le bonheur, mais il y contribue…
Tant qu’il s’agit de répondre à des besoins élémentaires, bien sûr. L’erreur de nos sociétés prospères est de penser qu’elles vont créer plus de bonheur avec plus de biens matériels. D’abord parce qu’on compare ce qu’on a à ce qu’ont les autres et que cela génère de l’insatisfaction. C’est dans les sociétés où la répartition des richesses est la plus équitable et non dans les sociétés les plus prospères que les gens sont le plus heureux. De toute façon, la prospérité, en Allemagne comme en France, va baisser fortement. Nous avons besoin de 2 % d’augmentation du PIB pour financer notre système social. Si le PIB baisse pendant dix ans, ce système va s’écrouler. Pour compenser cet effondrement, il faut susciter des engagements bénévoles.
Comment les susciter?
Il s’est passé à Cologne une histoire instructive. Le «je m’enfoutisme» et le manque de moyen de la commune ont favorisé l’engagement des citoyens. Dans les années quatre-vingt, le parc était un terrain vague. Les habitants ont demandé à la Ville de le réaménager. Pas de réponse. Du coup, les citoyens ont pris en main eux-mêmes la restauration et la gestion du parc. Cela a créé un climat extraordinaire dans la ville. Trop de centralisme tue l’altruisme. Il faut que les citoyens aient plus de marge de manœuvre à l’échelle communale.
Quel est le rôle de l’école dans l’éducation à la morale?
Nos écoles sont obsolètes. Le problème de fond est lié à la sélection et à la formation des enseignants, qui devraient être recrutés sur le plaisir qu’on prend à les écouter. Je pense aussi qu’on devrait apprendre aux enfants, lors d’une sorte de cours de morale, à prendre des décisions, à se poser des questions du type: quel comportement j’estime et pourquoi?
Vous appelez à refonder nos sociétés autour de moins de consommation et plus de morale. Comment cela peut-il se faire?
Il faut que ça vienne d’en haut et d’en bas. Les partis politiques n’ont aucune imagination, mais ils écoutent les sondages. Par ce biais, le peuple a plus de pouvoir que jamais. La pression des citoyens peut tout faire exploser. En négatif ou en positif. Ce sera soit la montée de l’extrême droite, soit autre chose.
«L’art de ne pas être égoïste. Pour une éthique responsable» de Richard David Precht, traduit de l’allemand par Pierre Deshusses, Belfond, 480 p., 22,50 €.
Surprises chez les neurones / Le Figaro / 12_2011
L’homme ne descend pas du singe, mais de l’ange. Pour s’en convaincre, le plus darwiniste des lecteurs pourra se plonger dans Le cerveau fait de l’esprit, du neurobiologiste Vilayanur Ramachandran. Ce «Marco Polo des neurosciences», comme l’a surnommé le biologiste Richard Dawkins, nous convie à un voyage au sein du cerveau.
«Comment cette masse gélatineuse d’un kilo trois cents grammes (…) peut-elle imaginer des anges, explorer l’infini, s’interroger sur sa propre place dans le cosmos ?» Notamment grâce aux neurones miroirs, lui répond le chercheur et enseignant de l’université de Californie, à San Diego.
L’effet Bouba-Kiki
Les neurones miroirs sont des cellules nerveuses qui, non contentes de s’exciter lorsque vous réalisez une action, le font aussi lorsque vous voyez quelqu’un d’autre réaliser cette même action, ou seulement s’y apprêter. Les neurones de l’empathie, en somme… Mais ils pourraient aussi, suggère Vilayanur Ramachandran, être à l’origine de notre capacité à adopter le point de vue d’autrui ou à réaliser des prouesses d’imitation et d’abstraction (Ah, l’effet Bouba-Kiki…), ouvrant la voie à l’art et au langage. «Je ne suggère pas que les neurones miroirs ont seuls présidé au grand bond en avant ou à la culture en général, précise l’auteur. Je dis seulement qu’ils ont joué un rôle clé dans ce processus.»
Au fil de ce périple cérébral, on croise Sara, qui voit les chiffres en couleurs ; M. Jackson, devenu insensible aux métaphores après un AVC ; Jason, zombie lorsque ses proches sont face à lui, mais parfaitement conscient quand il leur parle au téléphone ; Victor, amputé du bras gauche qui pourtant y éprouve des sensations lorsque l’on touche sa joue ; ou Francesca, qui a l’«impression de dire un petit mensonge» lorsqu’elle touche du papier de verre indice 120…
Attirés par les étoiles
À partir de ses observations sur des patients aux symptômes étranges et pourtant loin d’être fous, Vilayanur Ramachandran nous explique comment fonctionne un cerveau «normal» et lance de multiples hypothèses pour «comprendre pourquoi les singes ne s’intéressent à rien d’autre qu’à l’alimentation et à la reproduction, alors que nous sommes attirés par les étoiles». L’auteur imagine même que les neurones miroirs pourraient être la clé du moi et du libre arbitre ! «Chez les humains, ce système a pu se tourner vers l’intérieur, nous octroyant une représentation de notre propre esprit. De ce retournement du système miroir sur lui-même naquit l’humaine conscience de soi.» L’autisme pourrait alors, suggère-t-il, être lié à un défaut dans l’architecture des neurones miroirs…
Cellules molles
Certains des sujets traités par l’auteur sont, avoue-t-il, «insaisissables». «J’ai laissé mon intuition et mon imagination guider ma pensée quand les données empiriques étaient insuffisantes. Il n’y a aucune raison d’en avoir honte (…). Les scientifiques doivent faire preuve de créativité.» Les neurosciences en sont, écrit-il, «au même stade que la chimie au XIXe siècle : découvrir les éléments basiques, les grouper en catégories et étudier leurs interactions». Car, affirme Ramachandran, «nous sommes des colonies de dizaines de millions de cellules molles et palpitantes. Nous sommes toutes ces choses mais pas “uniquement” elles».
«Le cerveau fait de l’esprit. Enquête sur les neurones miroirs», Vilayanur Ramachandran, traduction Carole Delporte, Éd. Dunod.
EN SAVOIR PLUS :
» Comment fonctionne le cerveau ?
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Le libre arbitre existe-t-il vraiment ?
Dans son livre “Who’s in charge ?” Michael Gazzaniga, monstre sacré des neurosciences, explore le sujet d’un point de vue scientifique.
Les neurosciences tentent d’apporter leur contribution à ce vieux débat. Crédit ReutersDans la famille des débats vieux comme le monde, celui qui traite du libre arbitre doit figurer dans les premières places. Selon les époques et les philosophies, la réponse varie. Dans son nouveau livre, Who’s in Charge?, la star des neurobiologistes américains Michael Gazzaniga tente d’apporter sa pierre à l’édifice.
Dans leur champ d’investigation, les neurosciences, la réponse -du moins ces dernières années- est habituellement claire : le libre arbitre n’existe pas. Tout ce que nous faisons, pensons, ressentons dépend de nos circuits neuronaux. Ni plus ni moins.
Vétéran et monstre sacré de la branche, Gazzaniga est plutôt connu pour ses travaux sur des patients avec les hémisphères cérébraux déconnectés. Et paradoxalement, avant d’en arriver à sa thèse sur l’existence d’une forme de libre-arbitre, il fait au préalable dans l’ouvrage un résumé de ses recherches sur ses patients qui tendrait plutôt à souligner à quel point le cerveau ne serait qu’une somme de connections neuronales sans “conscience”. Il a été le premier à découvrir dans quelles situations la déconnexion entre les deux hémisphères est clairement apparente, et a notamment mis en évidence que chaque hémisphère est inconscient des actions de l’autre.
Par exemple, l’hémisphère gauche, celui du langage, ne peut verbaliser ce que le seul hémisphère droit a vu. De même, l’hémisphère droit enregistre ce dont il est témoin sans interpréter, alors que le gauche est l’intellectuel, qui raconte les histoires et extrapole. Et souvent, explique Gazzaniga, ce dernier se trompe. Car il fonctionne uniquement rétrospectivement, en fournissant une explication rationnelle à ce qui s’est déjà passé. Quelle serait la place du libre arbitre, si nous rationalisons nos actions a posteriori ?
Le livre de Gazzaniga fait l’objet d’une critique sur le site Daily Beast, qui considère que le neuroscientifique apporte une réponse à contre-courant de sa discipline. En tous cas, il complexifie le constat habituel de son champ scientifique.
“Dans la philosophie traditionnelle, le libre arbitre est la croyance que les comportements humains sont une expression du choix personnel, non déterminé par les forces physiques, le destin ou Dieu”, rappelle-t-il.
Selon Gazzaniga, la question du libre arbitre n’est plus vraiment posée car les neurosciences ont changé le sens du débat. Ainsi, l’esprit développe idées et croyances qui influencent le cerveau, qui à son tour influence l’esprit. Pour lui, la relation est dynamique, l’échange permanent.
Libre arbitre et responsabilité individuelle
Les implications de ses conclusions dépassent le simple cadre des débats académiques. Ne serait-ce que dans les tribunaux. Un criminel devrait-il être considéré comme responsable de ses actes si un scanner cérébral montre un problème au sein de ses circuits neuronaux ? Une lésion, une tumeur ou un déséquilibre chimique ?
“Le problème n’est plus de savoir si nous sommes libres”, écrit Gazzaniga. “Actuellement, il n’y a pas de raison scientifique de considérer les gens irresponsables”. L’esprit est issu du cerveau, mais ne peut s’y réduire. On ne peut prévoir le résultat, l’esprit, à travers les simples “ingrédients” de la matière grise. Il montre ainsi que l’interaction est continue, et qu’on ne peut séparer l’un de l’autre.
Reason.com trouve quant à lui le résultat décevant, mais enfonce le clou de la responsabilité. Il relève un intérêt particulier à l’ouvrage : pour le site, métaphysique mise à part, le plus important reste que “les gens croient posséder leur libre arbitre”. Car le concept de libre arbitre serait profondément connecté au concept de moralité, et Gazzaniga craint les effets “maléfiques” des constations neuroscientifiques sur notre notion de la responsabilité personnelle.
“Un cerveau anormal ne signifie pas que la personne ne puisse pas suivre des règles“, écrit-il. Nier le libre arbitre serait une façon de nier la responsabilité de chacun, et provoquerait un désordre social évident. A la question “Qui est à la barre ?”, il répond “Chacun de nous”.
Pour The New Scientist aussi, le livre de Micheal Gazzaniga ne tient pas ses promesses. Le magazine scientifique considère qu’il traite, en partie, du libre arbitre, mais que ce dernier est loin d’être la pièce centrale de l’ouvrage. Il prend l’exemple du chapitre final où le neuroscientifique raconte l’agression particulièrement barbare d’une adolescente par Lawrence Singleton, en 1978. Condamné à quatorze ans de prison, il a été relâché au bout de huit pour bonne conduite, pour ensuite assassiner une prostituée.
Gazzaniga devait, à ce moment, en venir à la question de libre arbitre. Les actes de Singleton étaient monstrueux, mais en était-il responsable ? L’auteur de la critique du New Scientist reste sur sa faim : “L’histoire n’était qu’un préambule pour discourir sur la façon du cerveau d’appréhender la justice et le châtiment… Intéressant, mais mon propre cerveau fomentait à ce moment son propre châtiment pour avoir été induit en erreur”.
Ainsi, le livre de Michael Gazzaniga poserait toutes les données du débat du libre arbitre, mais sans y répondre. The New Scientist en arrive à la conclusion qu’un excellent livre sur le sujet, à l’éclairage des neurosciences, reste encore à écrire.
Et si Emile Coué avait raison ? / Le Monde / 23/11/2011
Tout le monde (ou presque) se souvient du sketch de Dany Boon : Le déprimé. Dans celui-ci, il se présente dans la peau d’un homme dépressif, ayant bien du mal à contrôler ses émotions négatives et qui s’appuie, chaque fois que ces dernières deviennent trop fortes, sur la formule chantée suivante : « Je vais bien tout va bien, je suis gai tout me plaît, je ne vois pas pourquoi, pourquoi ça n’irait pas ». Récitée à voix haute, cette dernière est accompagnée d’une gestuelle appropriée : les pouces en l’air comme pour nous dire : « super ! », ce qui, bien évidemment, a tendance à nous faire rire. Pourquoi ? D’abord parce qu’il est très difficile de ne pas trouver drôle la vue d’un Dany Boon gesticulant, mais également parce qu’il nous paraît improbable, voire absurde, que la récitation d’un texte puisse ainsi agir sur nos émotions et nos comportements. Et pourtant…
Dans le dernier Cerveau & Psycho (Novembre-Décembre 2011, p.20-23), Nicolas Guéguen, enseignant-chercheur en psychologie sociale, propose un article (« La méthode Coué : l’autosuggestion à l’œuvre »), accompagné de nombreuses recherches scientifiques, qui bouscule notre perception de la dite « Méthode Coué », dont nous avons plutôt tendance à nous moquer.
Cette méthode s’appuie sur l’autosuggestion et avance l’idée que certains comportements et émotions peuvent être facilités en répétant régulièrement : « Je vais bien, je vais bien… ». Drôle d’idée, simpliste, qui porte plutôt à sourire. Malgré notre scepticisme, de nombreuses recherches scientifiques tendent à prouver que « cette idée est en partie fondée » et que « la méthode présente une certaine efficacité » (p.20). D’autant que l’autosuggestion ne consiste pas uniquement à se répéter la même chose. En effet, les recherches scientifiques utilisent des protocoles variés qui témoignent des applications de l’autosuggestion en médecine mais également de ses répercussions sur les comportements, les paramètres physiologiques et émotionnels.
Par l’intermédiaire des travaux cités, Nicolas Guéguen met en avant des conclusions, constatations d’auteurs qui attirent particulièrement notre attention dans la mesure où elles peuvent s’avérer utiles pour chacun d’entre nous (dans notre vie personnelle ou professionnelle). En voici quelques exemples (consulter l’article pour plus de précisions) :
- Dans l’étude de Christopher Armitage et ses collègues de l’Université de Sheffield (Royaume-Uni), de jeunes étudiants ont pour tâche de compléter des phrases sur des valeurs personnelles positives rédigées avec des trous qui les conduisent à utiliser le « je », « moi », ou « moi-même » (exemple : « … suis courageux »). Conjointement, avant et après le test, ces derniers sont évalués sur leur consommation quotidienne d’alcool. Après le test, les étudiants qui ont eu à s’attribuer les qualités contenues dans les phrases ont vu leur consommation d’alcool diminuer de près de moitié. Les auteurs concluent : « le « je » et le « moi » conduisent l’individu à internaliser malgré lui le contenu des phrases proposées, le conduisant à considérer ces qualités comme siennes. « Autopersuadé » de sa valeur, de son courage, de sa tempérance, l’individu résiste mieux au désir de consommer de l’alcool ou d’utiliser ce dernier pour se consoler d’une faible estime de soi » (p.21).
- Janine Dutcher de l’Université Carnegie Mellon (Pittsburg en Pennsylvanie) propose à des sujets répartis en deux groupes une liste de valeurs (exemple : « travailler dur est essentiel »). Ceux du premier groupe doivent classer ces phrases par ordre d’importance pour eux-mêmes, ceux du deuxième groupe doivent les classer en imaginant à quel point elles s’appliquent à d’autres étudiants (et non à eux-mêmes). Résultat : ceux qui ont classé les valeurs par rapport à eux-mêmes ont mieux réussi les tests ultérieurs. L’auteur conclut : « Il ne serait donc pas correct de dire que ces phrases fonctionnent comme un amorçage, puisque le simple fait de les lire ne suffit pas à produire un effet. Il faut que l’individu puisse les rattacher à lui-même, c’est à dire penser que ce que décrivent ces phrases caractérise ce qu’il est réellement, ce qu’il veut faire et l’objectif qu’il cherche à atteindre » (p.21-22).
- Le psychologue Tachiya Yasuhisa et ses collègues de l’Université Nihon (Japon) se sont attachés à mesurer la température de la peau au bout des doigts d’étudiants passant un test et répartis en deux groupes. Certains doivent, au cours du test, prononcer la phrase : « on sait que les bras sont chauds », les autres disent : « les vaisseaux sanguins de mes bras sont en train de s’ouvrir et un sang chaud envahit progressivement mes bras ». Résultat : l’augmentation de température a été plus nette pour ceux ayant prononcé la deuxième phrase. Ils étaient plus relaxés ce qui démontre les répercussions de l’autosuggestion sur les paramètres physiologiques.
- Chris Kleinke et Janice Walton du Memorial Hospital (Bedford dans le Massachusetts) ont réalisé une étude dans laquelle des étudiants participent à des simulations d’entretien. L’animateur est également un étudiant et derrière lui, est placée une petite ampoule bleue. A chaque fois que cette dernière s’allume, certains des participants doivent sourire (ce qui se produisit plusieurs fois durant l’entretien). Suite à cette étape, les sujets précisent comment ils ont apprécié l’entretien et les émotions positives ressenties. Les résultats soulignent que les étudiants ayant dû sourire à la demande ont un meilleur souvenir de l’entretien que les autres. De plus, ils ont davantage souri lors de l’entretien sans que cela leur soit demandé. Les auteurs expliquent : « l’évaluation que nous faisons de nos émotions est influencée par les contractions musculaires qui accompagnent le sourire : elles nous conduisent à percevoir les situations plus positivement, car elles sont habituellement produites lorsque nous sommes heureux » (p.23). Sur ce sujet, Nicolas Guéguen précise que plusieurs recherches confirment cette idée selon laquelle de nombreux aspects du jugement émotionnel évoluent lors de simulations d’expressions faciales.
L’autosuggestion est utilisée par les intervenants en psychologie du sport par l’intermédiaire :
- de méthodes de relaxation
- de l’utilisation de l’imagerie mentale
- du « journal de bord » que les athlètes sont encouragés à tenir
- de leur verbalisation de ce qu’ils sont ou d’événements à venir
- de la mise en place d’un discours intérieur pertinent
- …
Si les sportifs paraissent amusés au début de ce travail, les bénéfices qu’ils en tirent font rapidement disparaître leur scepticisme. Beaucoup ne s’étonnent plus de l’intérêt de s’auto-attribuer certaines formules par l’emploi du « je » pour faire évoluer comportements et émotions, de l’importance de la façon dont ils s’adressent à eux-mêmes, de l’effet des méthodes de relaxation sur leur niveau d’activation… Rien ne vous empêche de prendre exemple sur eux pour débuter votre propre expérimentation de la Méthode Coué. D’autant que… Vous ne risquez rien, sauf que cela fonctionne. Il se peut même que cela vous fasse sourire, mais plus pour les mêmes raisons !
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Nous autres
Il s’agit d’une émission de Zoé Varier sur France Inter qui passe tous les vendredis soirs de 20h à 21 h. Les 3 dernières ont été consacrées au cerveau. Je vous invite à les écouter en allant sur :
http://www.franceinter.fr/emission-nous-autres-le-cerveau-organe-vertigineux-3eme-partie
La derniere, celle du 18/11 aborde le thème de l’inconscient du point de vue des neurosciences. C’est tout simplement extraordinaire. La peuve s’il en fallait encore une que les découvertes sur le cerveau vont bouleverser nos connaissances et confirmer certaines de nos intuitions.
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A la découverte du cerveau :
Je vous recommande l’excellent hors série de la revue Sciences Humaines :
http://www.scienceshumaines.com/a-la-decouverte-du-cerveau_fr_438.htm
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Améliorer la pédagogie, un enjeu mondial / Les Echos / 08_11_2011
Comment améliorer l’efficacité de l’enseignement ? Comment faire en sorte que les connaissances et les savoir-faire transmis soient mieux assimilés par les apprenants, qu’ils soient élèves du primaire ou du secondaire, étudiants ou même adultes en formation continue ? Comment donner au plus grand nombre un accès au savoir ? Enseignants, chercheurs, décideurs politiques et responsables d’ONG du monde entier se sont penchés sur ces questions, la semaine dernière, au Qatar, à l’occasion de la troisième édition du sommet Wise (World Innovation Summit for Education). Lancé en 2009 par la Qatar Foundation, Wise a offert, pendant trois jours, un condensé des tendances les plus récentes et des meilleures pratiques en matière de projets éducatifs.
Cette initiative prend en outre une résonance particulière : dans un monde en crise, la formation à tous les niveaux est en effet l’une des pistes régulièrement évoquées par nombre d’observateurs pour résoudre les difficultés et corriger les inégalités. Or, dans le même temps, en France, un nombre croissant de jeunes (et de familles) doutent de l’école, estimant qu’elle n’est plus un moyen d’échapper au déterminisme social, au chômage et à la pauvreté.
Les promoteurs de Wise entendent au contraire affirmer leur foi dans l’avenir grâce à l’éducation et la faire progresser. « L’innovation est essentielle pour améliorer tant l’accès à l’éducation que sa qualité », clame le président de Wise, cheikh Abdulla bin Ali al-Thani.
L’émergence du Qatar
Qu’un tel événement se déroule au Qatar souligne d’ailleurs l’arrivée dans le champ de l’économie de la connaissance de nouveaux acteurs et de nouveaux pays. L’émirat a, depuis plusieurs années, choisi de miser à fond sur la matière grise. Il a notamment construit, aux portes de Doha, un campus ultramoderne, baptisé « Education City », qui accueille déjà les antennes d’une dizaine d’institutions et d’universités parmi les plus cotées, comme Weill Cornell Medical College (médecine), Carnegie Mellon (management), Texas A&M (sciences de l’ingénieur) ou encore HEC, ainsi que des centres de recherche d’entreprises. « Investir dans l’éducation, quel qu’en soit le coût, est le choix le plus prometteur en termes de développement humain et de progrès économique », affirme l’émir du Qatar.
Plusieurs initiatives ont été lancées dans le cadre de Wise. Un livre a ainsi été publié, qui propose un tour du monde de l’innovation dans l’éducation - avec des témoignages et des retours d’expérience. Un prix international, doté de 500.000 dollars, a également été décerné à Fazel Hasan Abed, entrepreneur social et fondateur du BRAC (Comité pour le développement rural du Bangladesh). Enfin, six projets éducatifs de terrain ont été primés.
Au plan pratique, les différents projets présentés font apparaître quelques tendances fortes. D’abord, l’utilisation accrue des TIC, et notamment des plates-formes « open source », dans la logique du logiciel libre. Ensuite, l’essor des méthodes holistiques, qui prennent en compte les différents aspects de la personnalité de l’apprenant pour assurer l’efficacité de l’apprentissage. Enfin, un nombre significatif de projets éducatifs font intervenir de multiples acteurs, d’horizons divers : entreprises privées de formation, spécialistes du logiciel ou éditeurs, ONG, associations, collectivités locales…
Les partenariats public-privé, notamment, se multiplient. L’éducation n’est plus l’apanage de grands services étatiques : en (re)devenant une grande cause internationale, elle fédère des acteurs de tous horizons. « Il existe aujourd’hui un mouvement global en faveur d’une mutualisation de la recherche et des meilleures pratiques de formation », observe François Taddei, qui plaide pour le lancement d’un « G8 éducation » : « Il faut faire en sorte que l’enseignement soit réellement adapté au XXIe siècle, et cela au niveau international. Les technologies existent, la recherche progresse. Il manque encore une réelle coordination entre les différents acteurs. »
JEAN-CLAUDE LEWANDOWSKI
- La confiance en soi est un facteur décisif de motivation, et donc de progrès dans l’acquisition des compétences.
- Les technologies de l’information ne suffisent pas.
Sur les Epaules de Darwin
Une fois de plus je vous recommande d’écouter l’émission du 5/11/2011. Elle dépasse en qualité tout ce que j’ai pu lire ou écouter depuis bien longtemps.
http://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-les-battements-du-temps-9
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Apprendre à lire, c’est compliqué
Par Françoise Monier (Lire), publié le 31/10/2011 à 08:00 / L’Express
Un neuroscientifique nous le prouve : lire est un apprentissage bien plus complexe que ce que l’on croit.
Lecteur de ce magazine, souviens-toi de l’époque où tu ânonnais b.a.-ba, dans l’espoir de décrypter ces pattes de mouche noires sur les pages blanches des livres. Un des apprentissages les plus difficiles de la vie d’un élève. Car, la science de la lecture nous l’explique, il n’y a pas de gène de la lecture ni de site dédié à cette activité dans le cerveau. L’imagerie neuronale, l’étude des lésions, l’expérimentation et les psychologues le démontrent: il faut que le lecteur recycle une zone de l’hémisphère gauche consacrée à la reconnaissance des formes et des visages pour que nos neurones finissent par déchiffrer couramment les mots écrits.
Stanislas Dehaene, jeune professeur au Collège de France et patron du centre NeuroSpin du CEA, à Saclay, avait déjà publié, en 2007, un document, Les neurones de la lecture, qui avait secoué le monde des experts et celui des enseignants. Prouver que le cerveau était capable de mobiliser, pour lire des lettres, certaines régions utilisées par les primates pour voir les objets. Et, du coup, suggérer l’aberration de la méthode de lecture globale avait valu au chercheur une réputation internationale. Aujourd’hui, il revient sur son thème favori, avec trois proches collaborateurs, pour rappeler les principes de ce “recyclage neuronal” étonnant et donner quelques pistes aux instituteurs et aux parents. Fastidieux, les débuts de la lecture? Il y a de quoi. Combien de milliers d’années a-t-il fallu pour inventer l’écriture, ce code qui crypte les sons et les mots. Des signes qu’il faut apprendre par coeur, jusqu’à ce que leur traduction devienne sans douleur et totalement automatique. Or, nous autres, Français, comme nos voisins anglais, n’avons pas de chance. La correspondance entre les phonèmes – les sons – et les graphèmes – les signes écrits – n’est pas régulière.
Il faut donc repérer les briques élémentaires, voyelles et consonnes, puis leurs combinaisons. Pour les auteurs, avant l’année fatidique de cet apprentissage, les rimes, les comptines, les jeux de langage et les devinettes préparent l’enfant, dans le plaisir. Et, une fois les premières notions acquises, l’écriture “dope” la lecture. Pour mieux enfoncer le clou, ce petit livre édicte quelques principes, souvent soufflés par les enseignants, qui facilitent la découverte. Enfin il décrit l’expérience anglaise de la Literacy Hour, mise en place sous l’impulsion du National Literacy Trust. Une heure de lecture intelligente chaque jour, de la maternelle à la fin du primaire, avec un programme clair. Plus une petite bibliothèque dans chaque classe, pour que lire devienne définitivement un plaisir.
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Pourquoi certains parviennent à convertir leurs erreurs en succès, et pas les autres? |
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failureLa voie du succès est pavée d’échecs. Mais nous ne sommes pas tous égaux face aux échecs. Certains sont capables de convertir leurs échecs en succès, tandis que d’autres échouent encore et toujours plus. Comment l’expliquer ? Des chercheurs ont découvert que chaque erreur provoque deux réactions bien distinctes dans notre cerveau :- La négativité liée à l’erreur (ERN pour error-related negativity). Surtout involontaire, elle survient 50 millisecondes après la découverte de l’erreur.- La positivité liée à l’erreur (Pe pour error positivity), qui apparait 100 à 500 millisecondes après l’échec. Le signal surgit lorsque nous faisons attention à l’erreur, et que nous réfléchissons au résultat décevant.Or, nous apprenons mieux de nos erreurs lorsque deux caractéristiques sont présentes :- Un signal ERN plus fort, signifiant une réponse initiale plus puissante à l’erreur ;- Un signal Pe plus cohérent, ce qui signifie que nous nous concentrons sur l’erreur, et tâchons d’apprendre d’elle.Mais une nouvelle étude, menée par Jason Moser, un psychiatre de la Michigan State University s’est aussi penchée sur l’influence de notre éducation sur ces signaux cérébraux. Il a repris les travaux de Carol Dweck, une psychiatre de Stanford. Celle-ci avait distingué deux types d’état d’esprit : un état d’esprit fixe, selon lequel l’intelligence de chacun d’entre nous est déterminée et que nous ne pouvons rien y changer, et un état d’esprit propice au développement, selon lequel nous pouvons nous perfectionner dans presque tous les domaines, pourvu que nous y consacrions du temps et de l’énergie.Les gens dotés de l’état d’esprit « fixe » analysent les erreurs purement négativement, comme le témoignage de lacunes irrémédiables, alors que ceux qui ont foi en leur possible développement considèrent qu’elles constituent une étape nécessaire de l’apprentissage. Moser a donné des séquences de lettres à reconnaitre à des sujets : un test suffisamment assommant pour garantir des erreurs liées à l’ennui. Il a conclu que les personnes avec la mentalité de développement connaissaient un signal Pe plus intense, et commettaient de moins en moins de fautes au fur et à mesure du déroulement de l’étude.Comment faire pour instiller le bon état d’esprit à nos enfants ? Le Docteur Dweck avait constitué au hasard 2 groupes d’étudiants : le groupe de ceux que l’on avait surnommé « les malins », et un autre groupe pour lequel l’accent était plus mis sur l’effort. Les étudiants du groupe des malins finirent par penser que les erreurs étaient le témoignage de l’idiotie, et commencèrent à s’endormir sur leurs lauriers. Les étudiants de l’autre groupe manifestaient moins de crainte de faire des erreurs et remportaient des succès réguliers. Après un certain délai, ils démontraient 30% de bons résultats que les « malins », qui virent leurs notes chuter de 20%. L’état d’esprit « fixe » les avait fait régresser.Selon un troisième psychiatre, David Nussbaum, la capacité à accepter l’analyse de ses erreurs pour apprendre d’elles provient de notre estime de nous-mêmes. L’échec n’est jamais facile, mais le succès exige que nous surmontions notre frustration pour trouver les aspects positifs de nos erreurs. |
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“L’espèce humaine ne peut durer que si elle demeure mortelle”
Il y a de tout chez les transhumanistes qui nous préparent une société de cyborgs, observe le neurobiologiste Jean-Didier Vincent : quelques génies illuminés, des scientifiques de très haut niveau, et une collection incalculable d’imbéciles. Pour le meilleur et le pire des mondes…
On voit resurgir ici le philosophe anarchiste. Vous avez pointé le bout de l’oreille en évoquant la morale…
Que voulez-vous, je ne peux m’empêcher de prêcher l’amour entre les hommes. Je suis un athée absolu en même temps qu’un chrétien irrécupérable. Cette religion qui tourne radicalement le dos au Dieu de L’Ancien Testament est fondée sur l’incarnation. Dieu est homme. C’est nous. Avec ce message essentiel : aimez-vous les uns les autres, qui est aussi celui des anarchistes. Pas les poseurs de bombes, comme les terroristes russes avec leur goût du néant, mais des penseurs comme Kropotkine, ou Elisée Reclus, l’anarchie pour eux étant la forme supérieure de l’ordre, qui s’établit dès l’instant où l’amour règne dans un groupe humain.
Pour autant, vous nous parlez ici d’une société virtuelle…
Mais c’est la société actuelle qui est virtuelle, on le voit chaque jour avec la crise financière ! La société future reposera quant à elle sur la technologie, inscrite dans une matérialité. Si l’on suit le principe qui veut que l’on ne connaisse que ce que l’on a fabriqué, l’Apocalypse n’est pas promesse de malheur, mais d’une nouvelle Jérusalem. Le mot qui signifie « révélation » dévoile à la fois la méchanceté du monde et les risques qu’il court. Les transhumanistes sont donc à prendre comme des sortes d’éclaireurs, dont on appréciera les idées avec circonspection. Il ne faut pas les laisser sur le côté, ne serait-ce que pour ne pas les laisser faire n’importe quoi. Parmi eux, on trouve une collection incalculable d’imbéciles, et quelques génies illuminés. Ils ne peuvent être nuisibles que dans la mesure où ils sont un groupe de pression. A contrôler ! Sachant que les pires transhumanistes sont malheureusement les militaires – et certains médecins qui, quelquefois, ne valent pas plus cher.
« Bienvenue en Transhumanie. Sur l’homme de demain », par Geneviève Ferone et Jean-Didier Vincent, Grasset, 288p., 17,50€. Geneviève Ferone, directrice du développement durable du Groupe Veolia Environnement, est l’auteur chez Grasset de «2030. Le krach écologique» (2008).
Patrice De Méritens

C’est au cours d’une conversation entre professeurs d’une université fictive que s’ouvre l’exposé de Chris Frith : devant ce tribunal improvisé, il doit répondre à la question “Comment la psychologie peut-elle étudier scientifiquement l’esprit ?”. Ainsi la psychologie, science du fait psychique, jadis cantonnée au rôle de science subjective, non mesurable et non vérifiable, s’est-elle progressivement défaite du joug de la psychanalyse et s’est-elle armée d’un outil désormais central : l’imagerie cérébrale fonctionnelle. Par ce moyen, la psychologie devient les neurosciences cognitives, sciences nouvelles qui utilisent la topographie cérébrale comme marqueur objectif d’une expérience subjective. Tout n’est cependant pas résolu : “Le monde mental est-il accessible par le monde physique ? En quoi cette vision explique-t-elle le phénomène de culture ?” est en droit de se demander l’assemblée en présence. C’est donc au travers d’expériences de psychologie historiques que l’auteur nous montrera que l’écart entre le monde mental et le monde physique est une illusion entretenue par notre cerveau, et que ceci implique que l’homme se perçoit comme un agent indépendant mais qu’il peut par ailleurs communiquer son expérience mentale à autrui.
La première partie de l’exposé s’attelle donc à nous montrer les illusions qui peuvent altérer la vision du monde physique qu’a notre cerveau. C’est tout d’abord le cerveau abîmé qui fait ses révélations : l’auteur analyse trois situations pathologiques dans lesquelles le cerveau donne une mauvaise perception du monde physique. En premier lieu le cerveau peut ne pas savoir, lors d’une pathologie de la sensation qui fait obstacle à la perception du monde physique. Ensuite il se peut que le cerveau sache mais ne le dise pas. Enfin dans certaines situations le cerveau peut mentir, créer une perception, soit localisée à une aire cérébrale notamment lors de crises d’épilepsie partielles, soit généralisée comme c’est le cas lors de la prise de substances hallucinogènes. On poursuit par l’analyse de phénomènes physiologiques rendant compte des inférences que crée le cerveau en dehors de toute pathologie. Il y a l’illusion de conscience qui nous fait croire que nous percevons en permanence les moindres détails, alors qu’en réalité le cerveau n’a qu’une vision globale du monde. Il y a également les illusions d’optiques, qui ne sont pas réduites par la conscience d’une déformation de la perception ; les hallucinations que nous procure le sommeil lors des rêves. L’analyse s’achève sur la plus grande illusion à laquelle est confronté notre cerveau : la sensation de contrôle de notre propre corps, à savoir l’illusion d’y avoir un accès privilégié et d’avoir de soi une connaissance parfaite. Ces erreurs sont stratifiées en trois niveaux. Le plus basique, l’impression d’avoir un contrôle sur la position de son corps : il semblerait qu’en réalité le cerveau ne maîtrise pas le corps mais le but à atteindre. Plus complexe, l’illusion de choisir quand et comment agir : les expériences seraient plus en faveur d’une sélection d’actions possibles dans un répertoire que possède le cerveau plutôt que d’un choix réel, à l’extrême la conscience peut ne pas assister au circuit de la perception à l’action. Enfin dernière illusion, celle d’être acteur : nous n’aurions pas de conscience directe de ce qui cause nos actions mais la conscience grefferait l’intention sur l’action en cours. Ainsi cette partie nous aura montré que notre cerveau n’est pas un indicateur fiable du monde physique.
L’argumentation nous amène dans le deuxième chapitre à lever une partie du scepticisme dans lequel nous avait plongé la première partie et nous explique comment le cerveau parvient à obtenir malgré tout une connaissance fiable du monde. Cette connaissance, il y parvient par essais-erreurs, autrement dit par suppositions puis rectifications. Le substrat de ces spéculations se trouve dans la réception de récompenses et de punitions : le cerveau établit des liens empiriques entre des signaux extérieurs et leurs conséquences, et ce grâce à un ensemble de neurones dits dopaminergiques qui permettent de coder, lorsqu’ils sont actifs, pour une erreur dans la prédiction. Ainsi l’erreur nous sert de professeur, ce qui a été suivi de récompense prend une valeur et permet au cerveau de modéliser un espace orienté par des valeurs plus ou moins importantes. Ce système de prédiction permet deux choses. La première est de faire disparaître de la conscience les changements infimes dus à nos mouvements qui se produisent dans le monde et d’en avoir une vision continue. La seconde est de supprimer les sensations qui viennent de l’action du corps sur lui même, donnant à la conscience l’impression de contrôle sur le corps, ne lui laissant que les intentions comme tâche à accomplir. Cette théorie de la progression par essai-erreur nous amène à énoncer que notre perception du monde est un fantasme qui coïncide avec la réalité. Ceci signifie que le cerveau utilise un modèle, une connaissance a priori du monde, qu’il confronte aux perceptions qu’il en a qui, en retour, modifient le modèle lui-même pour qu’il soit de plus en plus fiable. A ce point de la démonstration il est alors possible de passer du cerveau à l’esprit et ce par la reconnaissance des autres et de soi par les autres en tant qu’esprit ; l’esprit n’a de valeur qu’en sa possibilité de communication avec les autres. L’auteur nous donne trois exemples dans lesquels l’expérience mentale est partagée par le même système de prédictions et de vérifications décrit plus haut : la reconnaissance des êtres vivants, l’imitation et l’empathie. Ainsi, nous avons montré plus haut que nous nous percevions comme agents libres, nous percevons les autres également de cette manière, et donc l’image du monde mental de soi et des autres peut être conçue comme un fantasme que nous faisons coïncider avec nos perceptions, parfois jusqu’à l’illusion “d’agentivité” (je crois que l’action est réalisée par un esprit humain alors qu’elle ne l’est pas).
La troisième et dernière partie est consacrée à la culture comme produit de communication des cerveaux, comme rencontre des esprits. Malgré toutes les difficultés qui semblent s’opposer à la communication, les cerveaux la réalisent en devinant quel doit être le but de l’autre et en prédisant ce qu’il fera, ceci par deux moyens : l’utilisation des stéréotypes sociaux qu’il ajuste ensuite et l’imitation de l’autre, en se mettant au diapason avec autrui il peut mieux prédire ses actes. La notion de communication réussie est alors possible et se définit comme le point de communication où le modèle que je me fais de l’idée de l’autre, correspond à cette idée originelle. La connaissance se transmet et influence les comportements. A l’extrême du partage des connaissances, en confrontant les modèles personnels il sera possible d’aboutir à un modèle meilleur, les mauvaises croyances étant éliminées d’elles même.
Le prologue aborde, pour clore l’ouvrage, les problèmes soulevés par celui ci. Tout d’abord, en ayant montré qu’il était possible de trouver l’aire cérébrale du libre arbitre, du je, l’auteur se demande qui donc choisit mes actions: le cerveau, moi, mon lobe frontal, une région encore plus petite dans ce lobe ? Enfin il souligne la relation étroite qui existe entre notre expérience d’être un agent libre et la volonté d’être altruiste.
Ce livre évoque plusieurs problématiques, parfois bien étayées par des expériences auxquelles nous sommes libres de croire ou non, mais parfois seulement posées comme axiome : la validité des perceptions, l’illusion du choix, l’illusion de contrôle de son corps, l’efficacité de la communication entre êtres humains, l’effet modificateur des croyances sur le corps. De même, la démonstration s’ouvre en voulant exposer ce que sont les neurosciences cognitives, où tout ce qui est affirmé est soutenu par une expérience. En revanche on semble complètement quitter cet objectif au cours de l’exposé, et lorsque l’on aborde le deuxième chapitre de la deuxième partie, tout est sujet à extrapolation, les expériences étant utilisées comme exemples pour appuyer les thèses de l’auteur et non comme point de départ. On regrettera de plus certains points de vue baignés de naïveté : l’existence d’une vérité universelle issue de la communication des modèles de chacun paraît un peu démodée. D’une part on ne comprend pas le passage de modèle en tant que description idéale utilisée à des fins de connaissance du monde, à modèle en tant que conception dynamique du monde que pourraient s’échanger les individus. Ensuite cette idée oublie complètement que l’homme s’organise en société et en cultures : l’échange des modèles ne suffit pas, encore faut il qu’il soit valide au bon moment dans une société propice à l’entendre. L’exposé a également comme forte caractéristique d’autonomiser le cerveau, d’en faire un organe pouvant choisir, désirer, cacher, en éludant complètement la notion de libre arbitre, la conscience ne devenant qu’une illusion et l’esprit un produit de la communication entre les cerveaux. Enfin, il semble étonnant qu’à partir de données quantitatives de la topographie cérébrale (aire plus ou moins activée) il soit possible de connaître la fonction qualitative de cette aire cérébrale.
Par ailleurs, le style est très clair, l’argumentation agréablement structurée. Les expériences sont très bien décrites et accessibles à toutes formations. Ce livre permet de plus de se faire une idée globale des neurosciences cognitives sur leur contenu, leurs démarches, leurs problématiques.
rédacteur : Alexandre MICHEL ,
Illustration : Paolo Margari / flickr.com
Auteur : Chris Frith
Éditeur : Odile Jacob
Titre original : Making Up the Mind. How the Brain Creates Our Mental World
Nom du traducteur : Mathias Pessiglione
Collection : Sciences
Date de publication : 09/11/10
N° ISBN : 2738124526
«Internet rend-il bête ? » Tel est le titre un peu provocateur d’un best-seller de l’essayiste américain Nicholas Carr, qui vient d’être traduit en français (1). S’appuyant sur des études scientifiques effectuées outre-Atlantique, il y montre comment l’utilisation d’Internet a opéré une véritable « révolution » dans notre cerveau. Éminemment plastique, cet organe se serait déjà adapté à l’usage intense des nouvelles technologies, comme il l’a fait dans le passé avec l’invention de l’écriture ou avec le développement de la lecture. Les nouveaux outils numériques auraient modifié le fonctionnement de notre mémoire, de notre attention et, plus profondément, de notre intelligence, de notre façon d’appréhender le monde et de le penser. Les « digital native » (nés avec le numérique) seraient donc, selon lui, de véritables mutants.
Les recherches récentes en neurosciences ont en effet démontré que les connexions neuronales se modifiaient en permanence en fonction de nos expériences vécues, mais aussi des outils utilisés. Une nouvelle étude menée par Betsy Sparrow, de l’université Columbia aux États-Unis (publiée cet été dans Science , et reprise dans La Recherche en septembre) a démontré que le Net avait un impact sur notre mémoire. Quand on pose des questions difficiles à des étudiants, par exemple, ils vont immédiatement chercher les réponses sur Google ; et surtout, ils oublient rapidement les informations trouvées, pour peu qu’on leur assure qu’elles ont bien été enregistrées sur leur ordinateur. Ils comptent donc sur ces mémoires externes pour suppléer la leur.
Ce phénomène risque-t-il d’entamer nos facultés de mémorisation ? Francis Eustache, directeur d’une unité de recherche sur la mémoire à l’Inserm (2), le craint. « On s’est toujours tourné vers les stockages externes de la mémoire : l’entourage, les livres… Mais avec Internet, on assiste à une révolution plus grande que celle de l’imprimerie, car son utilisation est devenue massive et facile. Les connexions au sein de notre cerveau pourraient s’en trouver modifiées. Le risque, en effet, est que la mémoire traite les informations de façon superficielle. Or, elle fonctionne par synthèses permanentes, et pour que celles-ci se fassent, il faut que les informations aient été traitées en profondeur, aient été intégrées. » Francis Eustache rappelle donc la nécessité de « continuer à apprendre, y compris par cœur », pour construire cet indispensable « noyau dur de connaissances qui nous sont propres » .
Par ailleurs, le Web habitue à une lecture fragmentée au détriment d’une lecture linéaire, ce qui nuit à la compréhension et disperse l’attention. Beaucoup d’étudiants ont ainsi du mal aujourd’hui à lire des textes longs. Habitués à sauter d’une page Web à une autre, avec plusieurs fenêtres ouvertes sur leurs écrans, ils auraient en revanche développé la capacité de mener en même temps plusieurs activités : tapoter des SMS ou communiquer sur Facebook, tout en faisant leurs devoirs, et en regardant la télé. Diverses études détruisent ce mythe du « multitâche ». « On ne peut pas faire plusieurs choses en même temps et bien les faire. À moins qu’il s’agisse d’un comportement très automatisé » , précise Jean-Philippe Lachaux, directeur de recherche en neurosciences à Lyon (3). Comme passer une vitesse en conduisant. « Mais il est très difficile de mener de front deux activités très complexes. On peut arriver à prendre un texte sous la dictée, tout en en lisant un autre, par exemple, en s’entraînant. Mais il semble qu’on ne puisse pas développer une capacité générale au multitâche : la plasticité du cerveau a ses limites… »
Les smartphones soumettraient ainsi notre cerveau à un déluge inhabituel d’informations. « Ce qui lui pose un problème nouveau », souligne Jean-Philippe Lachaux. Et pourrait modifier le fonctionnement de certains circuits cérébraux, notamment chez les enfants. « La réponse du cerveau est de sélectionner les informations les plus pertinentes », explique le spécialiste. Et cette sélection s’opère dans deux systèmes cérébraux, selon des critères différents, l’un évaluant les bénéfices à long terme, l’autre la satisfaction à court terme. Jean-Philippe Lachaux a la « forte intuition » , que sur un cerveau en plein développement, trop habitué à des gratifications immédiates, « un biais puisse se faire en faveur du système privilégiant le bénéfice à court terme », au détriment d’activités plus exigeantes. C’est ainsi qu’on peut devenir dépendant de son smartphone, avec le besoin de le consulter en permanence, de façon compulsive. « L’attention des enfants doit plus que jamais être éduquée, alerte-t-il, pour apprendre au cerveau à hiérarchiser ses priorités, et se concentrer sur l’activité la plus pertinente : un texte qu’on est en train de lire par exemple. »
Pour autant, les nouvelles technologies n’ont pas que des effets pervers. La pratique des jeux vidéos et du 3D augmente les capacités à se repérer dans l’espace, la réactivité, la coordination main-oeil… Et le paléoanthropologue Yves Coppens fait régulièrement l’éloge de la digital intelligence, «l’intelligence des doigts» des enfants d’aujourd’hui.
Face aux Cassandre qui prédisent sa déliquescence, la jeune génération commence à réagir. Dans son livre, Éloge de la vitesse – la revanche de la génération texto, Rafik Smati, 36 ans, président du groupe Internet Aventers, montre comment les jeunes de la génération Y, « fréquemment décrits comme incultes » , sont bien mieux armés pour affronter ce monde de vitesse et de mouvement. Ils seraient, selon lui, plus réactifs, plus aptes à prendre des décisions et surtout plus créatifs. « Les jeunes de cette génération qui écrivent en langage texto, pensent aussi en langage texto : ils développent un esprit de synthèse, sont capables de traiter plusieurs sujets en même temps ; ils approfondissent moins, mais ils associent les idées entre elles de façon complètement nouvelle. (…) ; le cerveau humain est en train de s’adapter et c’est très bien comme ça. »
Le neurobiologiste Jean Rossier, membre de l’Académie des sciences, se veut également rassurant. « Il faut accepter la plasticité cérébrale. Les violonistes, les basketteurs, ou les joueurs de tennis n’ont pas le même cerveau. Les digital natives non plus. Les jeunes apprennent et pensent de façon différente. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Je crois qu’il ne faut pas s’alarmer. » D’autant que les nouvelles technologies et les neurosciences n’ont pas dit leur dernier mot. La collecte d’informations ne passera plus en effet uniquement par le clavier et les doigts. « Il existe déjà des systèmes électroniques, qui permettent de piloter des machines – des chaises de personnes handicapées par exemple – par le biais des muscles de la peau ; ou qui permettent à des patients paraplégiques de diriger un curseur sur un écran d’ordinateur. Actuellement, aux États-Unis, des chercheurs arrivent à prendre directement les informations dans le cerveau. Ce n’est plus du futurisme : on pourrait imaginer prendre directement les infos dans le cortex et de les transformer en mots. » Mais il reste optimiste sur la capacité de l’homme à maîtriser la machine, même si, sans doute, l’homme lui confiera une part de plus en plus importante de son cerveau…
(1) Éd. Robert Laffont, 312 p., 20 €. (2) Les chemins de la mémoire, Éd. Le Pommier, 29 €. (3) Le Cerveau attentif : contrôle, maîtrise et lâcher prise, Éd. Odile Jacob, 2011. www.lecerveauattentif.fr
LEGRAND Christine
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Neurones miroirs (I) Une découverte monumentale mais ignorée
En 1996, Giacomo Rizzolatti, neurologue de l’Université de Parme, fit la surprenante découverte des neurones miroirs. Une découverte qui, bien que très peu connue du grand public, pourrait être à l’origine d’une révolution scientifique majeure dont on ne pressent que quelques contours.
1. Découvertes des neurones miroirs.
Evoquer les neurones miroirs en un seul billet risque de laisser de côté nombre d’implications scientifiques mais aussi philosophiques. Ce sujet mérite à lui seul un ouvrage, ce que fit Rizzolatti dont le livre co-écrit avec Corrado Sinigaglia, philosophe des science, a été traduit en français en 2008 chez Odile Jacob. Pour l’instant, cette découverte concerne les neurosciences mais comme on le verra, elle pourrait avoir des conséquences plus larges, en philosophie de l’esprit et en sciences sociales.
Rappel des faits. Rizzolatti et son équipe ont découvert par hasard que des neurones placés dans la zone F5 du cortex moteur, activés quand le macaque exécute une action, sont également activés chez un autre macaque qui observe son congénère. Sans pour autant effectuer l’action. Ce constat a fait dire à Rizzolatti que ces neurones servent à projeter une représentation de l’action, que celle-ci ait lieu ou non. Autrement dit, pour comprendre ce que fait l’autre, un sujet doit activer ses propres neurones moteurs qui en situation d’agir, seraient activés pour réaliser la même action que celle déployée par l’individu observé.
« Les neurones miroirs constituent une classe particulière de neurones initialement identifiés dans le cortex précentral du macaque. Leur caractéristique principale est de s’activer aussi bien lorsque le singe effectue une action spécifique ou lorsqu’il observe un autre individu en train d’exécuter la même action. Ainsi un tel neurone s’active quand le singe saisit un objet donné, ou lorsqu’il voit l’expérimentateur saisir le même objet. Certains de ces neurones sont très spécifiques, ne s’activant que si les deux mouvements, saisie observée et saisie exécutée, sont réalisés de la même façon (…) Quel est le rôle fonctionnel des neurones miroirs ? Diverses hypothèses ont été avancées. En fait, leur fonction n’est pas unique. Leur propriété est de constituer un mécanisme qui projette une description de l’action, élaborée dans les aires visuelles complexes, vers les zones motrices. Ce mécanisme de transfert comporte toute une variété d’opérations. Une de leurs fonctions essentielles est la compréhension de l’action. Il peut paraître bizarre que, pour reconnaître ce que l’autre est en train de faire, on doive activer son propre système moteur. En fait, cela n’est pas tellement surprenant. Car la seule observation visuelle, sans implication du système moteur, ne donne qu’une description des aspects visibles du mouvement, sans informer sur ce que signifie réellement cette action. Cette information ne peut être obtenue que si l’action observée est transcrite dans le système moteur de l’observateur. L’activation du circuit miroir est ainsi essentielle pour donner à l’observateur une compréhension réelle et expérientielle de l’action qu’il voit » (Rizzolatti, conférence donnée à l’Académie des sciences, déc. 2006)
Depuis 1996, la présence des neurones miroirs a été confirmée par nombres d’études ouvrant la voie vers une compréhension des mécanismes perceptifs ainsi que des processus cognitifs essentiels comme l’interprétation des actions perçues. Les neurones miroirs sont spécifiques et réagissent sélectivement. Par exemple, lorsqu’un singe voit une action assortie d’un bruit, des neurones sont activés et réagissent aussi lorsqu’on soumet ce singe à un même bruit, sans que l’action soit visualisée. Le plus intéressant, c’est certainement cet entrelacement entre les deux niveaux, le perceptif et le cognitif. Selon Rizzolatti, deux classes d’informations sont articulées, celles portant sur ce que fait un individu et sur la finalité associée à cette action, autrement dit, le pourquoi. Par exemple, lorsque nous voyons une dame se saisir d’une pomme, nous identifions ce geste à partir de notre répertoire de « perceptions sémantisées », mais nous pouvons en savoir plus, notamment sur l’intention liée à cette action. Cette dame va-t-elle mettre la pomme dans un panier ou bien la manger. La finesse de notre système d’interprétation est telle que nous saisissons l’intention avant que l’exécution de l’action ne laisse planer aucun doute. Autrement dit, lorsque nous constatons que la pomme est entre les dents ou bien dans le panier. L’imagerie IRM a confirmée dans certain cas cette perception de l’intention liée à l’activation de neurones miroirs chez les singes auxquels on a appris à effectuer des actes intentionnés.
Chez l’homme, on a observé la présence des neurones miroirs dans le cerveau encore immature du jeune enfant. Et chez l’adulte, ces réseaux miroirs apparaissent comme bien plus développés que chez les autres primates. Ce détail semble anodin et couler de source puisque le cerveau de l’homme est bien plus gros que celui des singes. Mais le fait que les neurones miroirs y soient très développés n’est pas fortuit. Car tout dispositif naturel possède une contrepartie fonctionnelle et si ces neurones sont présents en nombre, c’est sans doute parce qu’ils ont un lien avec ce qui sépare l’homme de l’animal. La raison et le langage aurait dit Aristote. Et plus généralement, l’intersubjectivité.
2. Mystère épistémologique. Une découverte qui n’est pas entrée dans le domaine public
Aussi étrange que cela puisse paraître, cette découverte, saluée par quelques gens du sérail cognitiviste et neuroscientifique comme étant gigantesque, n’est pas entrée dans le domaine public comme par exemple le gène ou la physique quantique. Un épistémologue averti trouverait cette situation assez étrange, cocasse, pour ne pas dire incompréhensible. Sans doute, plusieurs facteurs expliquent le peu d’engouement pour les neurones miroirs. D’abord, cette découverte n’a pas d’applications techniques directes. Nous sommes dans de la recherche la plus fondamentale qui soit. Et si innovation il y a, celle-ci porte une compréhension nouvelle des processus cognitifs avec des perspectives intéressantes mais qui ne peuvent encore être évaluées.
Voici ce que déclare Robert Sylvester, écrivain des sciences « La découverte des neurones miroirs est absolument renversante. C’est aussi la découverte la plus importante et elle est pratiquement négligée parce qu’elle est si monumentale que nul ne sait qu’en faire » Monumentale, c’est possible, mais pour l’instant, les monuments scientifiques et autres châteaux d’idées restent à l’état de fondations et encore, qui sait si, pour parler comme Strauss, nous n’avons pas affaire au toit de l’édifice. Ecoutons ce qu’en dit V.S. Ramachandran, directeur du Center for Brain and Cognition « La découverte des neurones miroirs est la plus importante nouvelle non-transmise de la décennie. Je prédis que les neurones miroirs feront pour la psychologie ce que la DNA a fait pour la biologie. Elles vont fournir un cadre unifiant et aider à expliquer une quantité de dispositions mentales qui jusqu’à maintenant restaient mystérieuses et inaccessibles à l’empirisme » L’affaire se précise. Les neurones miroirs auraient dans le champ des sciences cognitives et sociales un rôle aussi important à jouer que celui exercé par l’ADN dans le domaine de la biologie.
Dans un article détaillé (Automates Intelligents, mars 2005) Simon De Keukelaere offre quelques pistes de réflexion intéressantes. Il faut dire que nous avons affaire à un spécialiste de l’œuvre de René Girard. Et bien évidemment, comment ne pas déceler le mimétisme en œuvre dans les mécanismes de miroir neuronal. Il est évident que l’activation du processus miroir rend compte des phénomènes d’imitation. Et que la saisie des intentions par un processus miroir constitue une confirmation et un champ d’étude permettant de corroborer la thèse de Girard selon lequel le mimétisme en œuvre dans les sociétés ne se résume pas à une simple mimesis formelle (celle du peintre) mais à une mimesis des intentions, et donc des désirs. L’auteur expose intelligemment les résultats d’expérience sur les enfants, montrant que très tôt, ceux-ci penchent vers une imitation des adultes, tout en se détournant de leurres artificiels. Plus précisément, les jeunes enfants se concentrent sur les intentions et buts qu’ils parviennent à déceler en observant les adultes. Et quelques théoriciens audacieux vont jusqu’à proposer que chez l’homme, l’imitation se fait sur les buts et intentions. Quoi qu’il en soit, la mimesis paraît bien constituer l’une des essences de l’homme, comme la volonté. Et si le cortex moteur est l’instrument de la volonté, alors les neurones miroirs sont les instruments de l’imitation. Plus exactement, ces neurones sont non seulement le support cellulaire des représentations d’intentions, actes et buts, mais aussi l’articulation entre représentation et action.
De Keukelaere ne croit pas si bien dire en plaidant pour une rencontre entre les sciences humaines et les sciences du cerveau, afin de donner aux neurones miroirs une place éminente dans le champ transdisciplinaire. Il ne s’est pas privé en allant enquêter du côté de Platon et surtout, de Girard. Le neurone miroir est en fait multifonctionnel. Et semble fonctionner selon trois modes, le négatif, suscitant l’aversion et donc, porteur de différenciation ; puis le neutre, disons la cognition empathique, détachée de force attractive ou répulsive ; enfin le positif, lieu où le désir se fait mimétique et où le danger de conflit se dessine. C’est d’ailleurs Rizzolatti qui dans un entretien récent, évoquait le danger de l’imitation chez les singes, tout en soulignant que l’imitation n’est que très peu pratiquée chez nos congénères primates non humains. Par contre, le désir mimétique apparaît comme essentiel chez l’homme et si pour un sociologue comme Tarde, le mimétisme était source de stabilité sociale (et on peut ajouter, de conformisme), il en va tout autrement pour Girard qui y voit les mécanismes de violence se dessiner. Autrement dit, nous si nous imitons des intentions bien plus que des représentations, alors nous sommes le siège de désirs identiques et ce désirs peut conduire à des rivalités, d’où le danger, que Girard a décelé dans les Evangiles interprétées comme des textes visant à prévenir l’homme de ses penchants, envie, désir, orgueil.
Il existe une sorte de mécanique, voire de dialectique des miroirs. En fait, un processus de renforcement, de surenchère, que Bateson avait du reste découvert dans les conflits et que Girard voit d’une clarté toute biblique dans les Ecritures. En imitant son désir, je ne fais que renforcer celui de mon rival pour sa chose ou son être désiré. Et parfois, je lui redonne le désir de son épouse qu’il avait délaissée depuis longtemps (Girard, Je vois Satan tomber comme l’éclair, Livre de Poche) Laissons à Girard les développements de cette thèse du désir mimétique comme schéma universel en œuvre dans les sociétés. Pour mettre l’accent sur une dimension importante. S’il y a désir mimétique, c’est qu’un processus cognitif est en œuvre dans le sujet. Il faut en effet une précision, une finesse cognitive bien développée pour identifier les désirs et les intentions. On sait maintenant que ce sont les neurones miroirs qui en assurent la fonction. Des neurones trouvés chez les singes mais qu’on pourra soupçonner chez d’autres mammifères, eux aussi soumis aux désirs mimétiques, tels deux cerfs en rut se faisant front et se combattant pour une femelle. Et les oiseaux ? N’avons nous pas un mécanisme de ce type lorsque deux moineaux se disputent une miette de pain ? Et aussi dans la genèse des langages que ces subtils animaux ont pu déployer pour communiquer à travers le champ. Ce qui nous ramène à l’homme et une question sur l’origine du langage. Selon Rizzolatti, les mécanismes miroirs font que des actions deviennent des messages sans médiation cognitive (sous entendu, rationnelle) Si bien que le mécanisme miroir pourrait être à l’origine de la genèse du langage. En permettant notamment qu’un message émis devienne pertinent pour son récepteur.
En un mot, le mécanisme miroir renvoie à la compréhension de la relation avec l’autre et même la connaissance de l’Autre. Et surtout à l’intersubjectivité, au partage des émotions, désirs, aversion, à l’empathie et qui sait, à l’intersubjectivité dans la littérature et l’art. Que de perspectives. Même Hegel se loge dans le mécanisme miroir (et réciproquement) lorsqu’on lit avec attention la première partie de la Phénoménologie et le fameux passage sur la force sollicitée qui devient sollicitante. Et nous ne sommes pas au bout des surprises car le mécanisme miroir pourrait bien éclairer nombre de textes venant de l’Antiquité, ceux de Platon, Aristote, Plotin. Et… ?
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Avoir l’esprit alerte, être capable de résoudre un problème rapidement, rester concentré, garder une mémoire performante… Pour fonctionner efficacement, notre cerveau a besoin d’être stimulé sans cesse. Plus il travaille, mieux il se porte. Mais on peut aussi le booster par d’autres moyens. Notamment à travers l’alimentation.
Au final, face à un coup de pompe, le premier réflexe à adopter c’est le verre d’eau. En effet, nos neurones sont composés à 80 ou 90% d’eau, et leur souplesse ainsi que la qualité de leurs échanges dépend donc de leur bonne « irrigation » et. Aussi, ayez à portée de mains une bouteille d’eau, surtout si vous travaillez devant un ordinateur tout au long de la journée.
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Bientôt des films de nos rêves et de nos souvenirs
«Cette approche fournit une base pour reconstruire la dynamique interne du cerveau en activité», soutient le neuroscientifique Jack Gallant, co-auteur de l’étude publiée jeudi 21 septembre 2011 dans le journal Current Biology.
Bien sûr ce n’est pas encore une reproduction telle quelle de nos perceptions, les images restent grossières, floues et ressemblent plutôt à des tableaux de Vincent Van Gogh précise le Mercury News. Pour Jack Galland, la méthode permet simplement de reproduire ce qu’il appelle notre «système visuel basique», capable seulement de détecter les formes, les contours et les gros objets.
L’expérience réalisée par l’équipe de Jack Galland sur des personnes regardant des clips vidéos sur YouTube repose sur un enregistrement par IRM des flux sanguins du cerveau, et surtout du cortex, la partie du cerveau responsable des visions et des perceptions. A l’aide de ses informations sur l’activité cérébrale, les chercheurs sont ensuite capables de reproduire approximativement les images que le cerveau crée grâce à un logiciel informatique.
Le Mercury News révèle que les scientifiques ont dû enregistrer au préalable plus de 5.000 heures de vidéos aléatoires de YouTube afin que le logiciel de reproduction d’images soit efficace et puisse prédire ce que chaque film suscite comme réactions et émotions.
Pour Jack Galland, le problème majeur c’est que l’information visuelle est toujours influencée par l’attention, la mémoire et par d’autres facteurs cognitifs, ce qui fait que ce qu’on pense voir ne correspond jamais à ce qui se passe réellement:
«C’est pourquoi il est bien connu qu’on ne peut pas faire confiance au témoignage de la vue. […] Ce n’est pas comme un enregistrement de vidéo. Ce que vous récupérez et recréez est basé sur un petit nombre d’informations qui sont ensuite étoffées. C’est une interprétation artistique de ce qui se passe vraiment.» Mais, selon le magazine Live Science, ces méthodes pourront en tout cas être très utiles pour les traitements thérapeutiques, notamment pour communiquer avec des patients dans le coma, ou victimes de congestion cérébrale. «L’idée c’est qu’ils pourront voir en vidéo ce qu’ils auraient voulu dire, et vous, vous serez alors capable de déchiffrer leur message», explique Jack Galland.
Le cerveau devient plus économe avec l’âge
La tâche consiste à associer le mot «poignée» à l’un des quatre de la série du haut. La règle d’association, qui change au cours de l’exercice, est la catégorie sémantique («cadran»), la rime («araignée») ou le début du mot («poivron»).Une recherche effectuée avec son doctorant Ruben Martins dévoile que le cerveau âgé d’une soixantaine d’années performe tout aussi bien que celui de 20 ans dans des tâches lexicales, mais qu’il utilise des stratégies cognitives différentes.
À l’aide de l’IRM fonctionnelle, les chercheurs ont mesuré l’activation cérébrale dans des zones du cortex frontal et des aires sous-corticales correspondantes (les boucles fronto-striatales) afin de vérifier si cette activation variait selon l’âge.
«Mes travaux portent sur la maladie de Parkinson et nous savons que cette maladie réduit l’activité neuronale ainsi que le taux de dopamine dans ces zones du cerveau, explique le Dr Monchi. Une légère baisse du nombre de neurones est aussi observée dans la même région chez les personnes âgées et en bonne santé. Nous avons voulu savoir comment s’activent ces zones lorsque les sujets exécutent des tâches cognitives.»
Ne pas s’inquiéter inutilement
L’expérience a donc porté sur deux groupes de sujets, le premier constitué de gens âgés de 18 à 35 ans et le second formé de personnes de 55 à 75 ans, tous en bonne santé et actifs. L’exercice consistait à associer diverses séries de mots par catégorie sémantique, par terminaison ou par début du mot (voir l’exemple ci-contre). Au fil du déroulement de l’exercice, la règle d’association changeait et les sujets, informés qu’ils venaient de se tromper, devaient découvrir la nouvelle règle à appliquer.
Oury MonchiAlors que les chercheurs s’attendaient à une diminution d’activité chez le groupe plus âgé, ils ont plutôt noté un profil d’activation différent selon l’âge. Quand les jeunes étaient informés de leur erreur à la suite d’un changement de la règle, une boucle fronto-striatale associée à la réflexion s’activait avant même qu’une nouvelle série de mots leur soit proposée; une seconde boucle, liée à l’action, s’activait pendant l’exécution de la tâche. Chez les personnes plus âgées, les deux boucles ne s’activaient que lorsque la nouvelle tâche était présentée, donc au moment de l’action.
«Cela nous montre qu’avec l’âge nous n’ajustons le tir que lorsque c’est absolument nécessaire, affirme Oury Monchi. Ça ne se fait pas consciemment, mais le cerveau plus expérimenté cherche à économiser ses énergies et à optimiser ses ressources. C’est une bonne stratégie de vie qui nous permet d’être moins angoissé et plus sage alors que les jeunes cherchent à anticiper ce qui va arriver. Cette tendance est encore plus forte chez les enfants.»
D’aussi bonnes performances
Les résultats indiquent que les sujets du groupe plus âgé ne commettaient pas plus d’erreurs que ceux du groupe plus jeune, bien que le temps d’exécution ait été un peu plus long dans le premier groupe.
«Vieillir n’implique pas automatiquement un déclin cognitif, conclut le Dr Monchi. Le déclin est plutôt lié à la mauvaise santé et nous savons que l’activité physique et mentale de même qu’une saine alimentation nous aident à rester en santé.»
Pour le chercheur, ces travaux qui nous éclairent sur le fonctionnement cérébral ouvrent la voie à des thérapies cognitives destinées à assurer un vieillissement optimal tant chez les personnes souffrant de maladies neurodégénératives que chez celles en santé.
Ces travaux paraitront dans le prochain numéro de Cerebral Cortex et sont présentement accessibles sur le site Web de la revue.
Daniel Baril
Sur le Web
- Département de radiologie, radio-oncologie et médecine nucléaire
- Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal
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La méthode Coué, vous y croyez?
Par Natacha Czerwinski, publié le 10/09/ l’Express / 2011 à 10:00
Inventée dans les années 1920 par un pharmacien nancéien, la célèbre et moquée technique d’autosuggestion refait parler d’elle. Un congrès très savant vient de la réhabiliter.
Notre Emile Coué national, héros du multi-oscarisé Discours d’un roi? Ne riez pas, ça aurait pu. Le Dr Dominique Notter est formel. Il y a quelques jours, sous les yeux ébahis des couéistes réunis en colloque, ce maître de conférences honoraire à la faculté de pharmacie de Nancy a dévoilé la preuve que l’inventeur de la célèbre méthode aurait pu voler la vedette à Lionel Logue, l’orthophoniste australien qui, avant la Seconde Guerre mondiale, guérit avec panache le futur roi d’Angleterre de son handicapant problème de bégaiement. Parfaitement.
Quelques années avant Logue, le pharmacien nancéien, alors auréolé d’une jolie réputation en Europe, aurait en effet été appelé auprès du prince pour lui enseigner ses techniques d’autosuggestion. “Dans une lettre au français délicieux, le secrétaire du duc d’York indique que, grâce aux conseils de Coué, celui-ci est ‘mieux mais pas tout guéri”’, affirme Dominique Notter. Las. Contraintes géographiques obligent, le praticien n’a pas mené le traitement royal jusqu’à son terme, perdant ainsi l’occasion d’entrer dans la légende. Et de s’assurer une crédibilité éternelle.
Des guérisons miraculeuses
Ses adeptes ne le savent que trop bien: difficile, dans notre pays fièrement cartésien, de dire “méthode Coué” sans susciter sourires en coin et perfidies en rafales. “Celle-ci est trop souvent synonyme de bourrage de crâne ou de tête dans le sable”, déplore Jean-Paul Tanguy, président du Cercle Coué de Brest, une association dédiée à la pratique et à la promotion de l’autosuggestion.
Mais gare, la révolte est en marche. Ces dernières années, la méthode a fait son apparition dans les manuels de psychiatrie et de psychologie; élus et médecins s’y intéressent, voire la célèbrent. Sur les sites dédiés, les témoignages de guérison miraculeuse (moins d’anxiété, moins de céphalées, moins d’acné) se multiplient.
L’autosuggestion est un langage propre aux temps de crise
Et les 2, 3 et 4 septembre, à la faveur d’un congrès international -le premier du genre-, la communauté des couéistes s’est rassemblée à Nancy, la ville d’Emile, pour réhabiliter les préceptes de celui qui, bien avant l’inoubliable hymne à la vie de la chanteuse Lorie, vantait les mérites de la “positive attitude”. De conférences en ateliers (“L’éducation vue par Emile Coué”, “La gestion et la prévention des risques psychosociaux par l’approche de l’autosuggestion”, “La méthode Coué dans l’entreprise”), professeurs, psychologues ou sophrologues ont partagé expériences et témoignages autour de cette philosophie “simple”, “efficace” et “actuelle”.
“Implantation d’une idée en soi-même par soi-même”
Tendance, le couéisme ? Ses ressorts ont, il est vrai, le chic pour coller à l’air du temps, puisqu’ils allient “immédiateté, individualisme, voire narcissisme” (la méthode se focalise entièrement sur le moi et ignore les autres), observe le philosophe et psychanalyste Roger Dadoun, qui a décortiqué le sujet dans une préface originale à La Méthode Coué ou la maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente (éd. Manucius). “L’autosuggestion est un langage propre aux temps de crise car il constitue un message optimiste pour un individu et pour la société”, ajoute l’historien Hervé Guillemain (1). Alors, pourquoi s’en priver ? questionnent ses aficionados, d’ailleurs impossibles à comptabiliser. “Les réseaux de professionnels restent très minoritaires, analyse-t-il. Mais la pratique individuelle n’a jamais cessé, même si on ne s’en vante pas toujours. Après la parution de mon livre, certaines personnes sont venues vers moi en disant: ‘J’ai la méthode chez moi, on l’utilise depuis longtemps dans ma famille…’”
Le discours d’un roi, ou la méthode Coué porté à l’écranwild bunch distributionL’ingrédient de base de la petite cuisine de Coué, c’est l’imagination, réputée illimitée et bien plus puissante que la volonté. “Si vous vous persuadez vous-même que vous pouvez faire une chose quelconque, pourvu qu’elle soit possible, vous la ferez, si difficile qu’elle puisse être”, écrivait ce coach avant l’heure.
Névrosés de guerre ou riches Anglaises soignés par Emile Coué
L’homme a une cinquantaine d’années et la barbiche impeccablement taillée quand il commence à se faire connaître. Héritier des Drs Liébeault et Bernheim, maîtres de la première école hypnologique de Nancy, Coué pratique d’abord des suggestions sous hypnose avant de privilégier l’autosuggestion consciente, définie comme l’”implantation d’une idée en soi-même par soi-même”.
Ses premières thérapies de groupe ont lieu dans le salon de sa maison où il accueille aussi bien des névrosés de guerre que de riches Anglaises. Le Lorrain y “soigne” en vrac eczéma, goutte, asthme, aphonie ou troubles gastro-intestinaux. “Si vous arrivez à faire penser à un malade que sa souffrance disparaît, elle disparaîtra”, estime celui qui incite ses patients à psalmodier “Ça passe, ça passe” pour intimer l’ordre à l’inconscient de faire l’impasse sur une douleur ou une inquiétude.
“Cette formule ressemble à celles qu’une mère utilise pour consoler son enfant, fait remarquer Roger Dadoun. Coué a eu ce coup de génie de réintroduire le don maternel – une berceuse – à l’intérieur du sujet lui-même. Sa méthode fonctionne comme un placebo verbal.” Le mantra du sage ? “Tous les jours à tous points de vue, je vais de mieux en mieux.” Une phrase à réitérer matin et soir, d’une voix audible et monotone, en s’accompagnant d’une cordelette à 20 noeuds en forme de chapelet.
Le cerveau se transforme sous l’effet de la pensée et des mots
Depuis près de trente ans, aussi souvent qu’il se lave les dents, Jean-Paul Tanguy pratique le Coué. “Tous les jours, je m’autosuggestionne, raconte-t-il. En ce moment, j’apprends l’accordéon diatonique et le chant de marin. La méthode me permet d’être persévérant.” En 1983, le Brestois découvre “un peu par hasard” un ouvrage qui promet d’aider ses lecteurs à vaincre leur timidité et augmenter leur confiance.
Ça tombe bien: alors dessinateur industriel, l’homme frémit de stress dès qu’il sent peser des regards sur lui. Pendant quinze jours, il s’astreint donc à se répéter: “Je reste calme et détendu quand on m’observe.” Bilan: plus de tremblements. “Il n’y a là rien de magique, assure le conférencier. Le cerveau se transforme sous l’effet de la pensée et des mots utilisés au quotidien. Les neurosciences ont démontré depuis vingt ans que la plasticité cérébrale est une réalité.”
L’autosuggestion négative
Sceptiques ? “Imaginez un citron, réplique Luc Teyssier d’Orfeuil (2), coach d’entreprise et couéiste assumé, qui, lors de ses séminaires, s’amuse à mettre ses interlocuteurs en situation. Visualisez-vous en train de le couper en deux, d’apprécier l’éclat juteux de sa pulpe dorée et de le mordre toutes gencives dehors.” Eh bien ? “Eh bien, sans vous en rendre compte, vous avez sans doute salivé, dégluti ou, tout du moins, froncé les sourcils à l’idée de l’inévitable sensation d’acidité, poursuit Luc Teyssier d’Orfeuil.
Lorsque je propose cette expérience, 80 % des interlocuteurs ont une réaction physique. Car le cerveau n’a pas fait la différence entre croquer et imaginer.” Histoire de se faire bien comprendre, le coach aime souligner que le monde est rempli de couéistes qui s’ignorent. Leur truc ? L’autosuggestion négative. “Il y a quelques semaines, j’ai rencontré une championne, sourit-il. Une jeune femme m’accueille et, au moment de servir le café, elle me dit : ”Faites-le, parce que je suis maladroite.” Plus on se répète ce genre de choses, plus cela devient réalité. D’ailleurs, à l’heure du déjeuner, elle a renversé un verre…”
Attention, réagit Roger Dadoun: “On peut éviter d’employer trop de négations. Mais cela ne doit pas conduire à de la dénégation ou de l’illusion! Coué ne sait pas de quoi est fait l’individu. Son one-moi-show est une psychothérapie superficielle qui ignore les profondeurs de l’âme et ses conflits. Car même chez les sujets les plus optimistes, la pulsion de mort est à l’oeuvre.” Et ça, pas sûr que “ça passe…”.
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Garçons et filles ont des têtes aussi bien faites
| 03.09.11 | 14h17 • Mis à jour le 04.09.11 | 17h48
Une écolière réfléchit dans sa salle de classe, le 2 septembre 2010 à Strasbourg le jour de la rentrée scolaire.AFP/FREDERICK FLORIN
Pourquoi les filles seraient-elles plus douées pour apprendre à lire et à écrire, tandis que les garçons auraient la bosse des maths et s’orienteraient plus facilement ? Y a-t-il une fatalité à ce que les femmes expriment davantage leurs émotions, soient plus empathiques et prennent moins de risques, alors que les hommes seraient plus ambitieux, plus agressifs, et plus doués pour lire une carte routière ? Hommes et femmes se comportent donc différemment. Mais quelle est la part de l’inné et de l’acquis ?
Démontant les clichés et les stéréotypes, la neuroscientifique Lise Eliot, maître de conférences en neurosciences à l’université Rosalind-Franklin de Chicago (Illinois), publie, le 5 septembre, un livre captivant qui fait le point sur les travaux les plus récents sur la différence des sexes, Cerveau rose, cerveau bleu : les neurones ont-ils un sexe ? (Robert Laffont, 507 p., 22 €). On ne trouve pas de révélations tonitruantes dans cette enquête, mais un constat tout en nuances.
Le débat, virulent aux Etats-Unis, a des répercussions importantes sur l’éducation. Pour certains spécialistes américains, comme le psychothérapeute Michael Gurian, auteur de Nos garçons : mieux les comprendre, mieux les élever (Albin Michel, 298 p., 18 €), la théorie de la primauté de l’acquis sur l’inné a fait long feu. “Si vous avez un garçon “normal” – c’est-à-dire pourvu des chromosomes XY et d’un corps et d’un cerveau masculins ayant reçu la testostérone nécessaire -, il est dominé par l’hormone qui l’a fait ce qu’il est”, écrit-il.
Aux Etats-Unis, le retour en grâce des écoles non mixtes tient au fait que des scientifiques comme Leonard Sax, psychologue et médecin, considèrent qu’il faut tirer au maximum parti des différences d’apprentissage entre filles et garçons plutôt que de les ignorer.
En réalité, considère Lise Eliot, les différences à la naissance ne sont pas quantitativement très importantes, et, dans de nombreux cas, plus modestes que celles qui existent entre hommes et femmes adultes. “Certes, il existe des études qui révèlent de subtiles différences entre les sexes, chez les enfants, dans le traitement des informations sensorielles, dans les circuits du langage et de la mémoire, dans le développement des lobes frontaux et dans la vitesse et la réactivité générale des neurones, écrit-elle. Dans l’ensemble, quoi qu’il en soit, les cerveaux des garçons et des filles sont remarquablement similaires.”
L’apprentissage et la pratique modèlent en fait l’architecture neuronale, de telle sorte qu’arrivés à l’âge adulte, les cerveaux des deux sexes finissent par fonctionner différemment. Notre cerveau se transforme du fait des apprentissages, des émotions : c’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale. “Son câblage à l’âge adulte est fonction, dans une large mesure, des expériences qu’il connaît de la période prénatale jusqu’à l’adolescence”, poursuit la scientifique.
Mais quelles sont ces petites différences entre filles et garçons que nous amplifions par l’éducation sexuée et que nous transmettons plus ou moins consciemment à nos enfants ? “Les différences véritablement innées – celles des capacités verbales, des niveaux d’activité, de l’inhibition, de l’agressivité et, peut-être, de la sociabilité – sont petites, toutes petites : de simples tendances qui influencent un peu le comportement des enfants, mais ne déterminent rien du tout par elles-mêmes, explique la neuroscientifique. Ce qui compte surtout, c’est la façon dont les enfants passent leur temps, c’est le regard que l’on porte sur eux, et les conséquences de toutes leurs interactions avec leur entourage sur les circuits neuronaux.”
Prenons l’exemple du langage. Les filles parlent un peu plus tôt que les garçons. La petite fille de 9 mois comprend environ cinquante mots, alors que le petit garçon possède le même volume de vocabulaire à 10 mois. La plupart des bébés prononcent leurs premiers mots autour de leur premier anniversaire, mais la petite fille a tendance à les prononcer un mois plus tôt. A 2 ans et demi, les filles conservent cette avance. Cette différence se maintient durant toute la période préscolaire.
Mais, si ces variations sont réelles, elles sont pour le moins ténues. “La supériorité des aptitudes verbales chez les jeunes enfants, même si elle est bien réelle, n’a aucune base neurologique claire, explique Lise Eliot. Il est très probable que les garçons démarrent avec des circuits cérébraux légèrement moins mûrs que ceux des filles au moment où ils apprennent à parler, puis que l’écart se creuse petit à petit parce que les deux sexes ne vivent pas les mêmes expériences.”
Pour éviter ce fossé, la neuroscientifique conseille aux parents de garçons en âge préscolaire de renforcer leur maîtrise du langage en leur lisant des albums à haute voix, des comptines, en les faisant parler, en identifiant les sons. Ces conseils valent aussi pour les filles.
Plus ennuyeux, les garçons tiennent moins facilement en place. Ils seraient plus lents à acquérir la maîtrise de soi. “Une importante étude a montré que l’avantage des filles dans le domaine du contrôle inhibiteur constitue la plus importante de toutes les différences comportementales entre les sexes chez les enfants de 3 à 13 ans, note la scientifique. Et c’est ce retard, bien plus que les autres différences cognitives existant entre les sexes, qui fait qu’ils ont plus de difficultés que les filles à s’adapter à l’école.”
Les neuroscientifiques supposent en général que l’agitation plus grande des garçons est due à une maturation plus lente des lobes frontaux qui assurent le contrôle inhibiteur, “mais curieusement, les recherches ne confirment pas du tout cette hypothèse”, poursuit Lise Eliot. La testostérone prénatale pourrait jouer un rôle dans le fait que les garçons soient plus actifs, voire plus agressifs.
Opposée aux écoles non mixtes, Lise Eliot préconise d’adapter davantage les classes aux garçons. Ils ont besoin d’avoir la possibilité de se mouvoir à travers la classe et de fréquentes coupures pour se dépenser. Par ailleurs, la maîtrise de soi peut être stimulée par des jeux comme “Jacques a dit” ou “1, 2, 3, soleil”. Il faut davantage d’expérimentations et de manipulations en plus des enseignements théoriques, s’exercer à l’écriture sans risquer un blâme. Par ailleurs, estime-t-elle, il faut davantage de maîtres.
Quant aux filles, elles ont besoin d’activités pour exercer leurs aptitudes spatiales : jouer à des jeux “de garçons” (construction, logiciels de jeu, ballon, etc.) et, entre autres, qu’on leur montre l’importance des sciences et des maths dans les carrières les plus rémunératrices.
Martine Laronche
Ressentir et Apprendre
Entendu ce matin (27/08) sur France Inter. Je suis un adapte de l’émission “Sur l’Epaule de Darwin” qui passe sur France Inter tous les samedis matins de 11h à 12h mais aujourd’hui je ne résiste pas à mettre le lien de l’émission sur mon blog. Tous ceux qui ont fréquenté les formations de Bruno Hourst comprendront ma jubilation. Pour les autres, écoutez plutôt :
http://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-archives-ressentir-apprendre
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Commander par la pensée
Utiliser le cerveau comme une télécommande, on en parle depuis quarante ans. Des produits ludiques existent déjà. Les applications sérieuses sont attendues dans cinq à dix ans.
Journaliste
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15/06 | 07:00
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14/06 | 07:00
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31/05 | 07:00
« Dans quelques années, nous pourrons porter une sorte de petit casque qui recueillera les ondes de notre cerveau, prédit Kevin Brown, spécialiste des interfaces homme-ordinateur au service technologies émergentes d’IBM, à Southampton, en Grande-Bretagne. Il nous permettra de commander par la pensée les appareils de notre maison, d’interagir avec un ordinateur, mais aussi de prévenir nos collègues de bureau que nous sommes stressés ou d’indiquer aux organisateurs d’une exposition quels tableaux nous ont intéressés… »
Kevin Brown est tout sauf un rêveur. S’il fait cette prédiction, c’est qu’il a testé plusieurs casques déjà sur le marché, comme le MindWave de NeuroSky ou l’Epoc d’Emotiv, qui permettent de jouer à un jeu vidéo uniquement par la pensée. Le principe est simple : des capteurs enregistrent au niveau du cuir chevelu le courant électrique émis par le cerveau (comme lors d’une électroencéphalographie), un logiciel trie et interprète ces signaux avant de les traduire en ordres pour un ordinateur, une console de jeux ou n’importe quelle machine.
Commander par la pensée est un vieux rêve. Les recherches sur les BCI (« brain computer interfaces », interfaces cerveau-ordinateur) ont officiellement commencé dans les années 1970 aux Etats-Unis, grâce à des financements de la NSF (National Science Foundation) et de la Darpa (Defense Advanced Research Projects Agency), l’agence du Pentagone chargée de la recherche avancée. Elles portaient alors sur des singes, dans le cerveau desquels des électrodes avaient été directement implantées.
Ces travaux connaissent un regain d’intérêt depuis le début du XXI e siècle. « Sur les dix dernières années, le nombre de publications sur les BCI a été multiplié par 20 », estime Anatole Lecuyer, chercheur de l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique), à Rennes. Il est, entre autres, responsable du projet OpenViBE (« Open Source -Virtual Brain Environment »), un logiciel d’interprétation des signaux électriques du cerveau, mis gratuitement à la disposition de la communauté scientifique internationale. « Aujourd’hui, des universités et des laboratoires travaillent sur les BCI aussi bien aux Etats-Unis qu’en France, en Autriche, en Allemagne, en Italie, au Japon, en Corée, à Singapour ou aux Emirats arabes unis », poursuit-il.
« Le début d’une révolution »
Le développement de techniques non invasives, comme l’électroencéphalographie, a en effet relancé les espoirs dans les BCI. Même la Darpa s’y est remise, puisqu’elle a financé en 2010 des recherches sur le projet « Silent Talk », la communication sans paroles : des capteurs analyseraient les signaux électriques émis par le cerveau lorsqu’il envoie ses ordres aux cordes vocales, et ces informations seraient transmises par radio à une autre personne.
Pour l’instant, les principales avancées ont eu lieu dans le domaine médical. L’entreprise autrichienne Guger Technologies fabrique par exemple le système Intendix : les lettres de l’alphabet flashent les unes après les autres sur un écran d’ordinateur et l’utilisateur, en se concentrant, arrête le défilement pour choisir la lettre qu’il veut. « Notre clavier virtuel est utilisé par une cinquantaine de patients dans le monde, très souvent victimes d’un syndrome d’enfermement », affirme Christophe Guger, directeur de Guger Technologies.
Du côté du grand public, c’est aux Etats-Unis, et sur le marché du jeu vidéo, que sont apparus les premiers produits. « Depuis deux ans, nous proposons une technologie qui associe une électrode sèche - pas besoin de l’enduire de gel, comme c’était jusqu’ici le cas -et une puce électronique contenant les logiciels nécessaires à l’interprétation des signaux, détaille Tansy Brook, du service marketing de NeuroSky, une entreprise de la Silicon Valley. Nous en avons vendu au total près de 1 million, entre autres à des fabricants de jouets comme Mattel. C’est le début d’une révolution ! »
Mais les casques de ce type sont encore très limités. « Ils permettent de commander une ou deux fonctions et avec 80 à 90 % de succès, tempère Anatole Lecuyer. C’est comme si on voulait actionner un ordinateur avec deux boutons et que ces boutons avaient 10 à 20 % de chances de ne pas fonctionner ! » Avant d’arriver à des produits vraiment grand public et fiables, il faudra améliorer à la fois nos connaissances du cerveau, la conception des casques à électrodes, le traitement du signal et l’ergonomie des interfaces. « Ces technologies ont beaucoup de potentiel, mais doivent encore faire l’objet d’énormes investissements en recherche et développement », affirme Natan Linder, chercheur au Media Lab du MIT, à Boston. Rendez-vous dans cinq à dix ans !
JACQUES HENNO, Les Echos
• L’apprentissage. Un casquesur la tête, les élèves apprennent une leçon à l’aide d’un didacticiel. Le casque permet de mesurer le degré de concentration : s’il n’est pas assez élevé, le programme demande à l’élève de recommencer.
• L’aide aux enfants souffrant de difficultés de concentration. Un jeu pourrait leur apprendre à contrôler leurs rythmes cérébraux, afin de canaliser leur hyperactivité.
• Le contrôle de la vigilance. Pour les cheminots, les pilotesde ligne, les contrôleurs aériens, les conducteurs…
• La relaxation. L’entreprise Neurosky travaille à une application qui, couplée aux casques qu’elle commercialise, permettrait d’apprendre à se détendre.
Le perroquet, une langue et un cerveau
Certains perroquets ne se contentent pas de répéter. Ils sont aussi capables de comportements sociaux réfléchis et de stratégies élaborées.

Paul MOLGA
Correspondant à Marseille
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18/08 | 07:00 | mis à jour à 08:39
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18/08 | 07:00
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18/08 | 07:00
Les communes touristiques peinent à prélever la taxe de séjour

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17/08 | 01:00
On le pensait imitateur de talent prompt à narguer son monde, perché sur une épaule. Mais voilà qu’on lui découvre un habile cerveau. « Le perroquet ne fait pas que répéter : il dispose d’une pure intelligence », assure la biologiste Dalila Bovet, du laboratoire d’éthologie et de cognition comparées (LECC) de l’université Paris-Ouest. Pendant sept ans, jusqu’à la fin 2010, elle a travaillé avec 3 spécimens gris du Gabon pour comprendre si les exploits intellectuels de certains de ces volatiles étaient le fait d’un apprentissage avisé ou de l’amplification d’une acuité cérébrale innée. Sur le plan physiologique, l’animal dispose en effet de sérieux avantages : son cerveau est plus gros que ceux des autres volatiles et, surtout, son télencéphale (l’équivalent du néocortex chez le mammifère) est plus développé. Le gris du Gabon dispose en plus d’un autre atout : la plasticité de ses organes de vocalise, qui lui permet d’articuler facilement le langage humain.
Pendant près de trente ans, un spécimen du nom d’Alex a fait sensation dans les bras du docteur Irene Pepperberg. Décédé en 2007, l’animal disposait du niveau de compréhension d’un enfant de cinq ans. Il pouvait identifier une cinquantaine d’objets, distinguer 7 couleurs et 5 formes, connaissait 150 mots et comprenait des notions abstraites comme « plus petit », « plus grand », « pareil », « différent » et même « zéro » ! Pour obtenir ces résultats, Irene Pepperberg utilisait le moteur de la frustration : ailes taillées et élevé seul, Alex était obligé de s’exprimer pour obtenir ce qu’il désirait. S’il avait vécu plus longtemps (l’espérance de vie de l’espèce est de plus de cinquante ans), l’animal aurait sans doute pu enrichir encore son vocabulaire.
Mais quelle intelligence développent ces animaux à l’état sauvage ? En travaillant avec plusieurs spécimens, Dalila Bovet a d’abord constaté la spontanéité de leur apprentissage. « Zoé, Léo et Shango ont capté des mots et des situations qu’ils ont su replacer dans des contextes à-propos, explique la biologiste. Ils nous saluaient par exemple d’un “au revoir” le soir quand nous partions, mais jamais dans la journée quand nous quittions la pièce. Cela laisse entendre que leur pensée précédait les mots qu’ils utilisaient. »
Un langage propre au groupe
Plutôt que de se focaliser sur l’apprentissage des mots, la biologiste a cherché à comprendre leur langage. Après des mois de travail pour comparer des dizaines d’heures d’enregistrement, Dalila Bovet a fini par identifier une centaine de vocalises, dont un petit nombre renvoyaient à des émotions précises, comme la colère ou la surprise. Mais, présentés à d’autres perroquets, ces cris ne provoquaient aucune réaction. « Nous en avons déduit que nos spécimens avaient inventé leur propre code de communication en se mettant d’accord pour associer un son à un contexte », explique-t-elle.
Comme pour le primate, le cerveau du perroquet pourrait-il s’être développé sous l’influence de la vie communautaire ? A l’état naturel, les gris du Gabon s’organisent autour d’un système de fission-fusion : ils se rassemblent le soir pour se protéger des prédateurs, mais se séparent ou recréent de plus petits groupes le jour pour chercher de la nourriture. « Cette organisation a pu contribuer au développement d’un cerveau social, car elle demande une souplesse intellectuelle et des capacités de reconnaissance individuelles et de catégorisation pour identifier la place de chaque congénère du groupe dans sa propre sphère », explique Dalila Bovet. La monogamie de l’espèce pourrait aussi jouer un rôle dans le développement de l’intelligence pour gérer les relations du couple à long terme, ce qui - comme pour les humains -oblige à déployer parfois des trésors d’ingéniosité, de patience ou de négociation.
Stratégies élaborées
Confrontés à des situations complexes, Zoé, Léo et Shango étaient ainsi capables de comportements sociaux réfléchis et de stratégies élaborées. Dalila Bovet leur a par exemple présenté un plateau-repas relié à 2 ficelles pour mesurer leur niveau de coopération. Pour obtenir leur déjeuner, les perroquets devaient tirer chacun un bout. Sans difficulté, ils ont compris la consigne et se sont coordonnés. Mais qu’arrive-t-il s’ils ont le choix entre manger plus à deux ou moins tout seul ? A la surprise des chercheurs, chacun s’est exprimé selon son tempérament : Shango, individualiste et dominateur, ne s’est préoccupé que de lui. Léo, plus souple, a collaboré dans chaque situation. Zoé enfin s’est adaptée à son partenaire : avec Léo, elle a coopéré, mais pas avec Shango. « En d’autres termes, ils ont agi selon leur libre arbitre, ce qui est le propre des animaux supérieurs », résume la biologiste.
S’ils ont une conscience de l’autre, peut-être ont-ils aussi une morale ? Pour le vérifier, les 3 perroquets ont été placés dans une situation de choix où ils pouvaient exprimer de l’altruisme. Face à eux, deux bouchons de couleur : sous le premier, une récompense, sous l’autre, deux. Peuvent-ils éprouver du plaisir à donner sans rien recevoir en contrepartie ? Aucun doute pour Léo et Zoé. Shango en revanche est resté imperturbable. Plus tard, lors d’un jeu jaugeant cette fois le sentiment d’injustice, il s’est même montré manipulateur, obligeant sa partenaire à l’aider sans rien en échange. L’expérience a renforcé l’animosité de la femelle. Quand elle en a eu l’occasion, elle s’est vengée en appelant les soigneurs à l’aide. Pour punition, Shango a été mis à l’isolement. « Au moment d’être sortie de la cage collective, Zoé l’a toisé d’un regard sombre en lâchant un “au revoir” sarcastique à travers les barreaux », raconte Dalila Bovet. La preuve, pour la biologiste, d’une intelligence machiavélique propre aux sociétés les plus évoluées du règne animal.
PAUL MOLGA
Tous droits réservés – Les Echos 2011
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Animation fascinante et troublante :
Aller voir cette animation. Le téléchargement prend 2 minutes (selon la qualité de la connexion, beaucoup moins) mais cela laisse sans voix. Essayez de deviner le mouvement avant de voir l’animation. Impossible à prévoir.
https://www.yousendit.com/download/cnJqZXQ0eDNVbS92Wmc9PQ
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Quand la publicité crée de faux souvenirs / Slate.fr / 30/05/2011
LU SUR… Wired Social Science Research Network Scientific American TOPICS consommation étude scientifique mémoire neurologie publicité science souvenirs LIFE PARTAGER LISIBILITÉ > taille de la police SLATE CONSEILLE Manger du pain grillé est bon pour la mémoire Le cerveau des bilingues vieillit mieux
La publicité peut créer de faux souvenirs chez les consommateurs, et les convaincre d’avoir déjà goûté un produit qu’ils n’ont en fait jamais vu. C’est la conclusion d’une récente étude parue dans le Journal of Consumer Research, qui explique comment des publicités particulièrement bien pensées peuvent jouer des tours à notre hippocampe, un composant de notre cerveau qui joue un rôle clé dans la mémoire. A tel point que l’on peut devenir convaincu qu’une scène que l’on vient de voir à la télévision s’est vraiment passée, et même que l’on y a participé, rapporte le magazine Wired. Les auteurs de l’étude écrivent dans le résumé de leurs travaux: «Nous nous sommes demandés si une publicité évoquant des images évocatrices peut entraîner la fausse croyance qu’un individu a testé le produit en question.» Les chercheurs ont présenté à un groupe de 100 étudiants américains une nouvelle marque de popcorn fictive. Les volontaires ont été soumis à deux types de publicité: certains ont vu des publicités textuelles avec peu d’images décrivant le goût délicieux du nouveau produit. D’autres ont regardé des publicités très imagées où l’on pouvait voir des personnes apparemment heureuses en train de savourer le popcorn dans leur salon. Après le visionnage des publicités, les étudiants ont été séparés en deux groupes. Le premier a dû remplir un questionnaire sans rapport avec le popcorn, tandis que le deuxième a pu goûter au nouveau produit (une vraie marque de popcorn a été utilisée pour le produit fictif). Une semaine plus tard, les volontaires ont été interrogés sur leur mémoire du produit. Non seulement les étudiants qui avaient regardé la publicité imagée mais pas goûté le produit ont affirmé avoir goûté le popcorn autant que ceux qui l’avaient vraiment testé, mais leur note du produit était aussi favorable que celle donnée par ceux qui l’avaient mangé. Wired écrit: «Le plus troublant est sans doute que ces volontaires avaient une confiance totale en ces faux souvenirs. L’illusion semblait bien réelle. Ils n’aimaient pas le produit parce qu’ils avaient vu une bonne pub. Ils aimaient le popcorn parce qu’il était délicieux.» L’explication à ce que les chercheurs ont appelé «l’effet de fausse expérience» pourrait se trouver en partie dans le phénomène de «reconsolidation de la mémoire», qui veut qu’à chaque fois que nous nous rappelons d’un souvenir, nous le modifions sans le vouloir à travers des changements subtils dans les détails neurologiques. Christopher Intagliata conclut dans un podcast sur le site Scientific American consacré à l’étude: «Des études marketing ont montré que si vous pensez avoir déjà essayé quelque chose, vous aurez plus de chances de l’aimer et de l’acheter. La prochaine fois que vous vous apprêtez à prendre un produit que vous aimez, posez-vous la question: l’avez-vous vraiment déjà essayé? Ou est-ce que c’est la publicité qui vous en a convaincu?»
Photo: Cool Blog Social / socialisbetter via Flickr LicenseCC
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Dans le secret des émotions humaines
Les chercheurs se mobilisent pour explorer le phénomène de la conscience et de l’empathie pour son prochain.
Journaliste
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16/05 | 01:00
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16/05 | 01:00
Pour quelles raisons Bill Gates consacre-t-il désormais l’essentiel de sa vie à l’amélioration de la santé et à l’éducation des mal-lotis de la planète ? Il y a trois réponses à cette question. La première est d’ordre personnel. Appliquant les préceptes de la bourgeoisie industrielle nord-américaine, Gates obéit à une motivation imprimée dans son cerveau depuis l’enfance : une fois fortune faite, on achète sa place au paradis en aidant les pauvres. La deuxième est plus pragmatique : le système fiscal américain incite fortement les nantis à investir dans la création de fondations caritatives. La troisième explication est scientifique. Elle s’appuie sur les travaux de la discipline montante dans les neurosciences : la physiologie des émotions.
Les neurones dictent l’émotion
Selon les tenants de ce mouvement, le créateur de Microsoft vit désormais sous l’influence de ses « neurones miroirs », responsables d’un « phénomène de contagion émotionnelle ». En clair, ce sont des cellules nerveuses logées dans les ganglions de la base, une zone profondément enfouie dans le cerveau primitif, qui dictent au gentil William Henry ses comportements altruistes. « Plus on est sensible à ses émotions, et plus on ressent le malheur des autres », résume le neuropsychiatre Henri Löo, professeur à l’hôpital Saint-Anne.
L’empathie est un phénomène courant dans le monde animal. Certains singes compatissent avec un membre du groupe mal en point et les éléphants semblent ressentir de la douleur à la mort d’un ancien en veillant son corps. Le primatologue Frans de Waal rapporte dans son ouvrage « Le Singe en nous » le cas de femelles chimpanzés « incroyablement sournoises et calculatrices » qui attirent l’attention de leurs congénères en faisant appel à des stratagèmes dignes d’Agatha Christie.
Chez les humains, l’altruisme est souvent associé à des valeurs morales transmises par les parents ou acquises par l’éducation. Mais quels sont les mécanismes responsables de ces choix. Où s’inscrivent ces messages subtils ? « Ce sont des comportements purement darwiniens contrôlés par des réactions chimiques qui font intervenir des neuromédiateurs dans le cortex », répondent les neurologues.
Dopamine et schizophrénie
Selon cette école, Bill Gates dépense joyeusement ses dollars, et la fortune de Warren Buffett, pour une raison scientifiquement établie : il est sous l’emprise de la dopamine qui inonde son amygdale, carrefour neural des émotions. Mais il est peu probable que l’icône de Seattle se prête à des analyses biologiques révélant la densité des neurotransmetteurs circulant entre ses synapses. Faute de Gates, les chercheurs se tournent vers des patients atteints de troubles mentaux pour tenter de percer les grands et petits secrets des émotions humaines.
Au CHU de Strasbourg, le psychiatre Jean-Marie Danion tente de « conceptualiser la schizophrénie », c’est-à-dire d’identifier les déterminants biologiques de la maladie. Intervenant récemment à l’Académie des sciences, ce chercheur a rappelé que cette maladie, « touchait plus de 600.000 personnes en France ». Selon lui, la schizophrénie est une « altération de l’expérience de soi ». Cette carence se traduit par une triple incapacité : l’impossibilité de s’éprouver soi-même, de donner du sens à ses expérience et d’avoir des représentations du soi.
Une histoire résume ces troubles qui faussent le jugement et isolent les malades. A un patient qui se sentait persécuté par son téléviseur, un médecin psychiatre prescrit un médicament censé atténuer sa douleur. Le lendemain, il rend visite à son patient et lui demande s’il se sent mieux. « Je ne savais pas qu’un médicament pouvait soigner un poste de télévision », répondit le malade. Ce déséquilibre entre émotion et cognition débouche sur deux troubles majeurs : un sentiment de persécution et des croyances délirantes.
Labyrinthe biochimique
A l’hôpital Sainte-Anne, Raphaël Gaillard utilise un artifice chimique pour vérifier ces pistes. Il propose à des volontaires d’absorber un analgésique connu pour ses effets hallucinogènes : la kétamine. Cette molécule est connue pour son effet sur les neurones, sensibles à la dopamine. Elle induit une triple action qui illustre la puissance de la chimie. L’effet dopaminergique élève la production d’un autre neuromédiateur (le glutamate), inhibe une région du cortex cingulaire et entraîne une perte de la confiance en soi. « La kétamine induit des effets psychotiques qui font douter de tout et renforcent les tendances délirantes », précise Raphaël Gaillard.
Ces travaux confirment que l’action sur un seul neuromédiateur modifie la perception de valeurs morales, comme la capacité de jugement ou la sensation de prise de risque. L’absorption de kétamine déclenche ainsi une cascade de changements dans les synapses qui perturbe totalement le comportement des participants à des jeux d’argent. « Ils deviennent plus sensibles aux gains et moins vigilants aux pertes », indique Mathias Pessiglione, chercheur à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris ; qui travaille sur les phénomènes de motivation inconsciente et de perception subliminale.
Les neurologues réussiront-ils à déchiffrer ce labyrinthe biochimique qui irrigue en permanence le cortex ? « Près de 30 % des gènes sont exprimés dans le cerveau. Du point de vue biologique, c’est de loin l’organe le plus complexe », assure Paolo Sassone-Corsi, de l’université d’Irvine en Californie. « Mais, dans l’hippocampe, l’expression génique de chaque neurone diffère. » Patience donc. Le cerveau humain contient 100 milliards de neurones et 10.000 fois plus de connexions synaptiques.
ALAIN PEREZ
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Pourquoi la mémoire s’ingénie-t-elle à déformer la réalité?
Vos articles dans votre Podcast Journal
Des études récentes démontrent que la mémoire nous joue de drôles de tours, sans pour autant souffrir de problèmes particuliers, comme la maladie d’Alzheimer ou des troubles associés à des lésions cérébrales.
Le cerveau des sportifs dopé par le stress
C’est le mental qui a craqué. » Les commentateurs sportifs adorent cette expression passe-partout. A chaque fois qu’un skieur rate une porte, qu’un gardien prend trois buts dans le dernier quart d’heure ou qu’un tennisman fait deux doubles fautes dans le set décisif, c’est parce qu’il « n’a pas résisté à la pression ». Principal accusé : le stress. Une sorte d’ennemi intérieur qui gèle les neurones au moment crucial. « Il y a deux formes de stress. Le premier est positif et donne accès au niveau maximum de la performance. Le second est négatif et perturbe le circuit de la récompense », précise André Nieoullon, président de la société des neurosciences.
Les sportifs de haut niveau ont une façon particulière de gérer ce paramètre. « Le geste doit devenir un acte réflexe. L’essentiel de la concentration est réservé à l’analyse de la situation et à la gestion de l’environnement de la compétition. Des conditions atmosphériques à l’attitude de ses concurrents », répond Sébastien Flute, champion olympique de tir à l’arc à Barcelone en 1992. Comment être prêt dans sa tête à l’heure H et échapper à la fameuse peur de vaincre ? Tous les sportifs de haut niveau, sauf peut-être certains footballeurs, sont confrontés à cette épreuve. « Il faut être bon tout de suite. La contrainte temporelle est très forte », rappelle Nadine Debois, présidente de la Société française de psychologie du sport. « Il est impossible de recréer les conditions de la compétition à l’entraînement », ajoute Philippe Le Van, médecin au Comité national olympique sportif français (CNOSF), qui suit les sélectionnés français depuis une vingtaine d’années et a croisé « beaucoup de gens très doués qui ne sont pas devenus des champions ». Pour Nadine Debois, la gestion du stress fait partie intégrante de la performance. « En cas de saturation psychologique, il y a un risque de perte de l’envie de s’engager jusqu’au bout. »
Cette mécanique intéresse tous les spécialistes du cerveau. « Les sportifs de haut niveau ne sont pas une espèce à part. Ils peuvent nous apprendre beaucoup », remarque Jean-François Toussaint, directeur de l’Irmes, le bureau d’études de l’Insep à Vincennes. « Cela nous permet de comprendre l’adaptation du cerveau à des situations extrêmes », ajoute Jacques Touchon, président du conseil scientifique de la Fédération pour la recherche sur le cerveau (FRC). « J’attends beaucoup de l’imagerie médicale fonctionnelle », espère Philippe Le Van.
Lucidité extrême
Un paramètre est particulièrement intriguant : la capacité pour certains d’atteindre un niveau d’extrême lucidité quasiment surhumaine. En 1988, aux essais du Grand Prix de Monaco, le pilote brésilien Ayrton Senna met plus de deux secondes dans la vue à tous ses rivaux, sauf à Alain Prost relégué à une seconde et demie. Interrogé plus tard sur ces circonstances exceptionnelles, Senna évoquera un « état de grâce » : « J’avais atteint la limite finale de ma capacité de concentration et de ma volonté de vaincre. Un sentiment que je n’ai jamais retrouvé par la suite. »
Pratiquant un sport plus tranquille, Sébastien Flute a lui aussi connu ces instants quasi magiques « avec la sensation de porter la flèche vers la cible ». Selon lui, « le stress et le plaisir sont les carburants de la performance et rendent supportables les six heures d’entraînement quotidien ». A près de quarante ans, le tireur breton a repris l’entraînement et se prépare pour les Jeux de Londres en 2012. Contrairement à une idée reçue, le tir à l’arc est un sport très physique. « Peu de gens tiendraient l’arc de Sébastien plus de dix secondes », précise Philippe Le Van.
Un autre aspect intéresse les chercheurs : la capacité de préparer une épreuve par anticipation. « Certains skieurs visualisent leur descente les yeux fermés, juste avant la course », illustre André Nieoullon. La fabrication de ces cartes corticales est une autre énigme qui fascine les chercheurs. « L’activité physique favorise la neurogenèse dans les zones concernées par l’apprentissage », indique Jacques Touchon. En d’autres termes, l’entraînement fait « pousser les neurones » et augmente le nombre de connexions (synapses). Selon ce spécialiste, un sportif de haut niveau utilise son cerveau comme un virtuose. « Un violoniste ne sollicite qu’une toute petite partie de son cerveau pour contrôler son instrument. »
Face à un stimulus, le cerveau réclame environ 80 millisecondes pour déclencher le premier signal. Dans les 150 millisecondes suivantes, un train d’onde balaie le cortex d’arrière en avant. Cette première vague d’informations est inconsciente. C’est au bout d’un délai compris entre 250 et 300 millisecondes qu’une représentation stabilisée fait surface. « Le cerveau est une machine lente et fondamentalement inhibitrice », justifie André Nieoullon. Malgré cette relative lenteur, les pilotes de Formule 1 déboulent dans certaines portions du circuit de Monaco à 250 km/h - soit 7 mètres par tranche de 100 millisecondes.
La tête après les jambes
Tous ces travaux améliorant la connaissance de la biochimie du cerveau attirent les pseudo-médecins de tous poils qui gravitent autour du monde sportif. « Il y aura des molécules développées pour soigner des troubles mentaux qui seront inévitablement détournées », prédit Jean-François Toussaint. Cette fois, il ne s’agit plus d’hormones de croissance ou de produits anabolisants qui donnent du muscle. La chimie ayant conquis les jambes, elle s’attaque désormais à la tête et voici venu le temps de la neurochimie.
L’exemple le plus connu de ce dopage psychique est le modafinil. Développée à l’origine pour soigner la narcolepsie, cette molécule « éveillante » a de nombreux adeptes. Les navigateurs solitaires en font un usage régulier pour combattre la fatigue. Les sprinters font de même pour une tout autre raison. Ce psychostimulant permet de s’isoler de son environnement et donc « de gommer la pression ». L’athlète américaine Kelli White, spécialiste des 100 et 200 mètres plats, a avoué qu’elle était devenue accro au modafinil. « Cela fait passer le temps de réaction au départ de 160 millisecondes à 130 millisecondes », précise Jean-François Toussaint. Largement assez pour décrocher une médaille d’or.
ALAIN PEREZ, Les Echos
(AFP) –
PARIS — Le meilleur moyen de ne pas oublier une poésie ou un théorème que l’on vient tout juste d’apprendre pourrait bien être de faire une sieste, estiment des chercheurs allemands, surpris eux-mêmes de leur découverte.
Leurs expériences, publiées dans la revue Nature Neuroscience, montrent en effet que le cerveau résiste mieux durant le sommeil à tout ce qui peut brouiller ou fausser un souvenir récent que lorsqu’il est en éveil.
Des études précédentes avaient déjà prouvé que la mémoire récente, stockée temporairement dans une région du cerveau appelée hippocampe, ne se fixe pas immédiatement. On sait aussi que la réactivation de ces souvenirs, peu de temps après leur apprentissage, joue un rôle déterminant dans leur transfert vers la zone de stockage permanent, le neocortex, sorte de “disque dur” du cerveau.
Mais en période de veille, cette période de réactivation fragilise la mémoire. Par exemple, apprendre un second poème dans cet intervalle risque fort de rendre plus difficile l’enregistrement du premier dans la mémoire longue.
Partant du principe que le sommeil n’avait aucune influence sur ces processus, Bjorn Rasch et ses collègues de l’Université de Lübeck (Allemagne) ont voulu s’en assurer par une expérience.
Ils ont donc demandé à 24 volontaires de mémoriser 15 paires de cartes figurant des images d’animaux et des objets usuels. Quarante minutes plus tard, la moitié des sujets, maintenus en éveil, ont dû mémoriser une autre série de cartes légèrement différentes.
De leur côté, les douze autres volontaires ont eu le droit de faire une courte sieste avant de mémoriser la seconde série de cartes.
Les deux groupes ont ensuite été testés sur leur capacité à se souvenir de la première série de cartes.
A la grande surprise des chercheurs, ceux qui avaient dormi affichaient un bien meilleur score, se souvenant en moyenne de 85% des cartes, contre seulement 60% pour ceux qui étaient restés éveillés.
“La réactivation des souvenirs a eu des effets complètement différents selon l’état de veille ou de sommeil. Nous pensons que la raison de ce résultat inattendu est que le transfert des souvenirs entre l’hippocampe et le neocortex avait déjà commencé dès les premières minutes de sommeil”, explique Susanne Diekelmann, responsable de l’étude.
Après un somme de seulement 40 minutes, une quantité importante de souvenirs était déjà “téléchargée” dans une zone du cerveau où “ils ne pouvaient plus être brouillés par les nouvelles informations traitées dans l’hippocampe”, ajoute-t-elle.
Selon Mme Diekelmann, l’effet bénéfique des siestes sur la consolidation de la mémoire pourrait avoir des implications intéressantes pour les activités d’apprentissage intensif, comme l’enseignement des langues étrangères.
Le processus pourrait aussi bénéficier aux victimes de syndrome de stress post-traumatique, une affection qui touche les personnes ayant vécu des situations extrêmes (accident grave, attentat, agression, etc.), en les aidant à reconfigurer leurs souvenirs.
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2010-2100 De l’homme réparé à l’homme augmenté
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Dans trente ans, la médecine régénérative aura ralenti considérablement le vieillissement de nos organes. Dans cent ans, un homme augmenté, plus performant que l’homme moderne, pourrait exister.
Le cerveau
2003 La découverte de cellules souches au coeur du cerveau adulte par une équipe de l’Institut
Pasteur a tué le dogme selon lequel le cerveau et la moelle épinière ne peuvent se réparer.
2020 La régénération du cerveau est possible, de même que la lutte contre le blocage des signaux nerveux (Alzheimer).
2040 Des chercheurs envisagent déjà de remplacer des zones du cerveau défectueuses par des prothèses microélectroniques.
2100 Pour les « posthumains », la sénilité en sera plus qu’un lointain souvenir
Les organes vitaux
2011 La science arrive déjà à faire « repousser » des morceaux de doigt grâce à des extraits de vessie de porc et à fabriquer de la peau artificielle.
2020 La fabrication de morceaux du corps (tendons, muscles cardio-vasculaires, foie…) en utilisant soit des cellules souches reprogrammées, soit des organes biotechniques se généralise.
2040 En utilisant des cellules de synthèse inspirées d’autres organismes, on fabrique en laboratoire des clones de poumon et de foie, de reins ou de coeur, puis on les implante.
2100 Modifiés génétiquement, les organes vitaux vivent beaucoup plus longtemps et sont plus performants.
Le système sanguin
2011 Réduire le taux de glucose, d’insuline et de cholestérol dans le sang est une des clé du rallongement de la vie. Les premières thérapies géniques arrivent sur le marché.
2020 Fabrication de nanocapsules capables de nettoyer le sang humain.
2030 La modification génétique des globules les rend plus résistants au vieillissement et aux attaques virales.
Os et articulations
2011 L’ostéopénie, le vieillissement inéluctable de notre squelette qui perd de sa densité, domine.
2015 On bloque les enzymes inhibant la formation des os pour relancer la machine à cellules osseuses.
2030 On réduit largement les effets de l’arthrose, en supprimant ses causes génétiques.
2050 L’utilisation de cellules synthétiques plus efficaces permet de construire des squelettes humains plus performants.
Les cellules
2011 Nos cellules non seulement s’oxydent, mais arrêtent à un moment de se diviser et de se reproduire. Tout cela entraîne un vieillissement des tissus.
2040 Les thérapies pour réduire l’oxydation et empêcher la fin inéluctable des cellules en activant certains gènes sont efficaces.
Et plus La perspective inouïe d’une immortalité possible de la machine humaine est découverte. Rêve ou cauchemar ?
L’oeil
2011 Cataracte, dégénérescence maculaire, glaucome et autres troubles de la vue sont parmi les signes les plus marquants de la vieillesse.
2020 Les thérapies géniques et le perfectionnement d’implants oculaires vont progressivement les effacer.
2100 L’oeil du posthumain voit mieux, beaucoup plus
Le double machine
L’ultime étape
Le descendant de l’homme moderne est relié à un « double machine », pourquoi pas un clone fabriqué grâce à ses propres cellules souches. Avec de la fibre optique directement connectée sur sa moelle épinière, le posthumain charge ou décharge des informations et des programmes de connaissance ou de mémoire. L’homme est libéré de son enveloppe, réellement immortel, il est capable d’ installer le contenu de son cerveau dans une autre « machine humaine ».
Christophe DoréUn chien est parvenu à apprendre 1 022 noms d’objets
LEMONDE.FR avec AFP | 08.01.11 | 19h52
Chaser, un border collie, pose à côté de John Pilley, professeur de psychologie au Wofford College en Caroline du Sud.AFP/MARK OLENKI
Un border collie a été capable d’apprendre les noms de 1 022 objets, selon les chercheurs américains qui ont fait travailler ce chien et dont les résultats de l’étude paraissent dans la revue européenne Behavioural Processes.
Avec cette performance, Chaser a largement surpassé un autre border collie, Rico, qui avait appris environ 200 mots, selon des chercheurs de l’Institut Max Planck en Allemagne, dont des travaux sont parus en 2004 dans la revue américaine Science. Un autre collie vivant en Australie et répondant au nom de Betsy, semble reconnaître plus de 340 mots, selon la BBC. Ces chiens de berger anglais sont réputés pour leur intelligence, leur énergie et leur obéissance.
Les chercheurs attribuent les performances exceptionnelles de mémorisation de Chaser à l’intensité de son entraînement, qui n’a jamais recouru à la distribution de récompenses sous forme de nourriture.
Selon Alliston Reid, cette recherche est “importante car elle démontre que les chiens, comme les enfants, peuvent acquérir un vocabulaire abondant et comprendre que certains mots représentent des objets individuels et que d’autres correspondent à des catégories d’objets”.
D’autres recherches sont nécessaires pour déterminer si les capacités impressionnantes de Chaser sont partagées par d’autres races canines. Ces travaux devraient aussi encourager des recherches pour déterminer si les relations étroites entre les humains et les chiens au cours du temps auraient pu contribuer à développer la capacité de ces animaux à communiquer avec les hommes, et si cette influence est unique aux chiens.
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Mémoire et apprentissage : l’influence de l’âge
La mémoire décline-t-elle inéluctablement avec l’âge et est-il vrai que l’on apprend mieux jeune ?
Monique le Poncin : On ne perd pas sa mémoire en vieillissant ; on perd la spontanéité de sa mémoire facile. Plus, vous aviez, jeune, une mémoire excellente, moins vous aurez de problèmes à mémoriser à l’âge de 70 ans à condition de la cultiver tout au long de votre vie, contrairement à celles ou ceux qui n’ont jamais su mémoriser.
« L’effet âge » c’est la perte de facilité pour différentes facultés comme courir, mémoriser ; les difficultés sont de plus accentuées par la perte d’efficacité, en vieillissant, des organes sensoriels. En fait, les processus cérébraux de mémorisation ne sont pas atteints par l’âge ; pour accéder à leur efficacité, toujours possible, il faut de la méthode : il faut savoir apprendre !
Quand on est jeune, on est à l’apogée de l’efficacité et on a soif de connaissances… On est au top de sa vivacité mentale !
Comment faire pour mieux apprendre et mieux retenir ? Quels sont les trucs pour une mémoire d’éléphant ?
Monique Le Poncin : L’essentiel est d’utiliser sa mémoire et de lui faire confiance. Nous disposons d’un 100 % de potentiel pour notre mémoire et il faut savoir qu’il n’y a que la maladie qui peut véritablement la détériorer.
La première des choses est de faire un « Stop mémoire » en se focalisant sur ce qu’on doit mémoriser.
Il faut ensuite prendre un ou deux indices de ce qui est à mémoriser pour personnaliser ce que l’on veut « entrer » et donc se l’approprier. Ces indices doivent être choisis selon sa propre vision et non en utilisant les « trucs » des autres… c’est important !
Il faut aussi diviser ce qui est à mémoriser en petits blocs où les éléments sont associés de façon cohérente pour nous.
Prenons l’exemple de se souvenir d’un nom propre : il faut d’abord l’associer à un indice qui peut être une particularité du visage ou tout simplement le regard.
L’étape suivante consiste à « coller » le nom, comme une étiquette, sur cet indice (particularité ou regard) en se faisant une petite image de la taille d’un timbre poste. Toute cette première étape de mémorisation est l’engrammage.
Deuxième étape, phase d’acquisition en mémoire immédiate : Il faut quitter des yeux le visage et mentalement revoir -(appropriation mentale par visualisation)- « le timbre poste » puis regarder de nouveau le visage en projetant visuellement le nom dessus. Toujours judicieux d’écrire de mémoire le nom nouvellement appris.
Pour s’en souvenir plus longtemps –(mémoire à long terme)-, le lendemain s’interroger de nouveau : « Quel était le nom de cette personne ? », l’écrire de mémoire pour vérifier l’exactitude du souvenir, puis laisser passer un jour ; le troisième jour donc, l’écrire à nouveau pour conforter.
Pour se souvenir plus encore à long terme, en se souvenant oralement, une fois par semaine pendant le mois suivant. Ce qui a été mémorisé en mémoire immédiate va ainsi être pérennisé en mémoire à long terme.
Est-on inégal devant la mémoire ? Certains d’entre nous apprennent-ils mieux que d’autres ?
Monique Le Poncin : Face à cette question : à l’origine, y a-t-il des personnes qui ont un capital de mémoire plus important que d’autres ? Je ne saurais répondre catégoriquement.
Par contre, il est vrai que nous ne sommes pas tous travailleurs ou motivés de la même façon. Ainsi, les gens qui vivent de leur mémoire, comme les artistes, travaillent énormément leurs textes !
De même, nous sommes aussi inégaux dans notre façon de vivre, dans nos réactions psychologiques : certaines personnes ont des environnements plus fatigants ou stressants que d’autres !
Comment peut-on faire pour découvrir de quel type de mémoire nous sommes dotés : mémoire auditive ou visuelle par exemple ?
Monique Le Poncin : Il faut d’abord préciser que c’est l’entrée en mémoire, et non le processus de mémorisation, qui peut être visuelle ou auditive.
Il faut faire une méta-analyse de sa façon spontanée de mémoriser pour déterminer qu’elle est notre « entrée facile » en mémoire car nous avons tous une façon d’entrer en mémoire qui nous est propre…
La découvrir va faciliter la performance. Depuis plus de 20 ans, je propose un ensemble de tests -(P.N.M.C ; Gym Intelligence)- qui permet de découvrir son entrée privilégiée en mémoire et quel type de visualisation sera le plus performant.
Il y a beaucoup plus d’entrées visuelles en mémoire que d’entrées auditives ; cela vient vraisemblablement de notre environnement pédagogique qui est essentiellement basé sur le visuel.
Mais il ne suffit pas de dire « entrée visuelle en mémoire »… L’image créée pour mémoriser est-elle une photo, un film ? Film sonore ou muet ? L’image comporte-t-elle des odeurs, des saveurs, des sensibilités, des émotions ?
Voilà tout ce qu’il faut se demander pour que l’image ait un sens ; de même, ce n’est pas parce que l’on préfère apprendre à haute voix que l’on a pour autant une entrée auditive en mémoire… En effet, dans la plupart des cas, l’expression orale est un moyen de mieux se concentrer pour s’extraire des parasitages de l’environnement !
Le mode de vie et l’alimentation jouent-ils sur notre mémoire ?
Monique Le Poncin : Le mode de vie joue un rôle indéniable sur notre mémoire. Lorsqu’on est très speed, on passe souvent à côté de beaucoup de choses : il y a une réelle perte d’informations… Or, aujourd’hui, tout le monde va trop vite.
Il en est de même de l’émotionnel : êtes-vous anxieux ou pas ? Emotif ou non ? Sûr de vous ou indécis ? Avez-vous une vie faîte de fatigue, de stress ou de sérénité ? Dormez-vous bien ou non ? Sortez-vous d’une nuit de fête ? En un mot, il faut un peu de tout et point de trop. Le cerveau a besoin d’équilibre et de calme.
Pour qu’un cerveau réponde rapidement et efficacement à la stimulation, il a besoin d’énergie : donc d’oxygène, donc de promenades aérées et de sport favorisant la capacité respiratoire ; et aussi il a besoin de glucose -(sucres lents)-.
Enfin, pour sa bonne vitalité –(facilitation des échanges neuronaux)-, il est essentiel de favoriser les apports en oméga 3, en minéraux, en biopeptides…
Mais attention, il ne faut pas devenir obsessionnel dans son alimentation… l’essentiel est d’avoir du bon sens ; le problème souvent est, qu’aujourd’hui, et on en manque souvent !
Vous dîtes que le stress est l’ennemi du cerveau ?
Monique Le Poncin : C’est sûr ! Aujourd’hui, dans le monde du travail, il existe un véritable problème de stress.
Si le travail est « l’ami de l’homme » pour conserver son cerveau en bonne santé, il n’en est pas moins vrai qu’actuellement le milieu professionnel, riche en stress, est à haut-risque pour le cerveau.
En effet, le stress engendre des problèmes cardio-vasculaires qui peuvent générer des pathologies diverses y compris cérébrales… on rentre alors dans la problématique du cerveau malade avec son cortège de traitements et de rééducation.
Que penser des nouvelles technologies pour l’utilisation de notre mémoire ?
Dans le monde du travail actuel, les salariés sont stressés car la technologie va de plus en plus vite et souvent ils doivent rapidement passer d’un poste à un autre ; or, depuis longtemps, on a hyper spécialisé les postes de travail et ceux qui les occupent ont été formatés …
En changeant, ils doivent aussi changer de formatage pour faire face au nouveau poste et donc ils doivent apprendre et souvent ils ne savent pas comment faire d’où un stress intense !
Or ces nouveaux apprentissages sont excellents pour le cerveau… En effet, Fred Gadge à montrer qu’en continuant d’apprendre dans la nouveauté on se créait des « neurones nouveau-nés », neurones qui pourront compenser certaines pertes neuronales en rapport avec des maladies cérébrales.
Et c’est là tout le paradoxe : on se stresse par la nouveauté à apprendre alors qu’elle devrait être accueillie comme un outil bénéfique pour le cerveau. La mémorisation devient un outil pour vivre bien dans ce monde en perpétuel mouvement.
Les trous de mémoire à répétition, est-ce inquiétant ? Que faire pour y remédier ?
Si on oublie de façon répétitive le nom de quelqu’un que l’on connaît pourtant bien, l’endroit où on a garé sa voiture, il faut peut-être commencer par se demander si cela est volontaire ou si on est très distrait, si on a des problèmes familiaux ou professionnels qui nous perturbent.
Si ce n’est pas le cas et que l’oubli répétitif perdure, il est important de consulter. Nous possédons des outils étonnants comme l’imagerie cérébrale qui permet d’aller voir ce qui s’y passe réellement dans le cerveau. Il ne faut pas avoir peur d’aller consulter. Bien au contraire. S’il y a quelque-chose, il s’agit de quelque-chose qui débute et plus on prend le mal à son départ, plus on a de chance d’apporter du mieux au souffrant car la médecine connaît d’énormes avancées thérapeutiques, même dans des cas graves comme la maladie de Parkinson, voire la maladie d’Alzheimer.
Que pensez-vous des jeux d’entraînement cérébral qui sont à la mode ces dernières années ?
Monique Le Poncin : Je n’ai personnellement rien contre car les personnes qui font des jeux d’entrainement cérébral stimulent leur cerveau. Mais ils n’ont pas plus d’effet sur l’efficacité de la mémoire au quotidien que les Sudoku ou les mots croisés !
Dans les jeux Nintendo, tant décriés par la communauté scientifique, c’est la communication qui est critiquable. Les promesses d’efficacité au quotidien sont illusoires par rapport aux réels effets de ces jeux. De même, quand une personne de 40 ans joue et a comme résultat : « Vous avez un cerveau de 80 ans » ; elle va rejouer, puis obtenir un score de cerveau de 50 ans et ainsi de suite… Ce n’est là que l’effet d’entraînement à un jeu ! Par ailleurs, de nombreuses personnes âgées qui essayent d’y jouer et n’y arrivent pas, deviennent anxieux et surtout perdent confiance en eux… là, les jeux font plus de mal que de bien !
Il faut cependant reconnaître qu’ils ont un effet positif très intéressant : « les joueurs » vont découvrir qu’ils peuvent améliorer leurs performances de mémoire, alors qu’il n’y a pas si longtemps, ils n’en étaient pas convaincus. Ils prennent ainsi conscience qu’ils peuvent modifier le pronostic de mémoire ! Pour ma part, je propose des « neurojeux »*.
A la différence des jeux habituels, il s’agit d’une séquence d’activités cognitives, à supports ludiques, qui va réveiller le cerveau de l’arrière vers l’avant. Chaque neurojeu est testé en vivacité, en mémoire immédiate et en mémoire différée. On apprend comment faire et donc on acquiert ainsi un réflexe comportemental « percevoir – mémoriser – garder en souvenir » ; une fois acquis en « s’amusant », le réflexe cérébral comportemental est naturellement transféré dans le vécu quotidien. C’est le but premier de ces neurojeux … Bénéficier d’une nouvelle efficacité cérébrale au jour le jour !
*Séquences de neurojeux disponibles sur le site www.gymcerveau.com
POST-SCRIPTUM
- Monique Le Poncin est aussi l’auteur de nombreux ouvrages dont les principaux : Gym cerveau édité au Livre de poche pratique et Gym Intelligence aux éditions du Rocher.
- R. Bartet
- Journaliste
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Le cerveau devient transparent
Comprendre le cerveau, son fonctionnement intime, ses capacités d’adaptation, ses maladies et son vieillissement, le chantier est énorme. Mais les possibilités offertes par les nouvelles techniques d’imagerie médicale – notamment l’imagerie par résonance magnétique – sont immenses. Aujourd’hui, la boîte crânienne devient peu à peu transparente. Les maladies qui l’affectent apparaissent avec une précision impressionnante sur les écrans d’ordinateur des spécialistes. Et pourtant, le cerveau réserve toujours bien des surprises…
D’une façon générale, le cerveau humain compte une centaine de milliards de neurones, reliés entre eux par un million de milliards de connexions. Ces dernières se forment dès la plus tendre enfance. Et la rivalité entre les réseaux en constitution est telle que certaines facultés, certains “dons” peuvent être éliminés, faute de place. La mémoire visuelle, par exemple, très courante chez les jeunes enfants, disparaît en raison de “l’élagage” cérébral. Quant au fait de parler couramment deux langues, notamment dès la petite enfance, il se traduit par l’établissement de connexions supplémentaires entre les neurones, ce qui contribue à améliorer différentes capacités cognitives et pourrait protéger de la démence sénile et de tout autre déclin cognitif lié à l’âge. Au fil des ans, des décennies, le cerveau se développe donc et il se transforme.
Par ailleurs, une étude publiée l’an dernier par l’Académie des sciences américaine indique que, contrairement aux idées reçues, la rêverie est un moment d’activité cérébrale intense. En utilisant des images obtenues par IRMf (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle), des chercheurs canadiens ont montré que le fait de rêvasser, d’être “dans la lune”, déconnecté du réel, permettait au cerveau de résoudre des problèmes complexes.
Manifestement, il reste bien des choses à découvrir. “Les techniques dont on dispose pour explorer ce fonctionnement sont en règle générale relativement grossières par rapport au fonctionnement des neurones, qui sont des structures microscopiques avec une activité de l’ordre de la milliseconde”, estime Alexandre Krainik, qui dirige la Clinique universitaire de neuroradiologie et IRM au CHU de Grenoble. “On n’a pas de moyens permettant d’observer chaque neurone in vivo. Et même si on les avait, que ferait-on de milliards d’informations simultanées ? Les outils nécessaires pour analyser et interpréter ces informations restent à développer.”
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L’amour version frappé
«Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue / Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue / Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler / Je sentis tout mon corps et transir et brûler. /Je reconnus Vénus et ses feux redoutables.» Le feu déjà, Phèdre devant Hippolyte, Racine active la passion ravageuse, bien avant que le terme de coup de foudre apparaisse dans le dictionnaire français, au début du 19e siècle. L’expression a depuis envahi nos imaginaires, notre littérature, nos écrans, nos fantasmes. On se prend même à se croire handicapé si on ne l’a jamais vécu. Ah reconnaître l’autre au premier regard, savoir que c’est lui, que c’est elle, celui /celle qu’on attend et qui se matérialise là sous nos yeux, soudainement, s’engouffrer sans protection dans une relation…Inattendu et intenseProfondément intime, personnel, le coup de foudre amoureux se nourrit pourtant d’un discours collectif. Littérature, cinéma, médias alimentent l’idée de ce fantasme amoureux, cette sorte d’apogée du sentiment, destructeur et magnifique. C’est ce que Marie-Noëlle Schurmans, docteur en sociologie à l’Université de Genève, cherche à explorer dans sa «socio-anthropologie de l’émotion». «On associe généralement le coup de foudre à la psychologie et pas à la sociologie car on a l’impression que cela concerne la subjectivité individuelle. Mais ce sentiment s’inscrit sous le regard des autres, en prise avec un discours collectif permanent. Le coup de foudre suscite énormément d’interrogations collectives, notamment à travers les médias. Les gens qui le racontent n’ont pas de doute, ils savent que c’était le coup de foudre parce qu’ils ont en tête des récits entendus et lus, des films, des poésies, des histoires d’amis.»Les 250 entretiens qu’elle a menés pour son ouvrage Le coup de foudre amoureux. Essai de sociologie compréhensive mènent à une définition partagée. «C’est une expérience stigmatisante, inattendue dont l’expérience semble liée à l’intervention divine. C’est un phénomène rare et inexplicable, avec un effet addictif et qui est souvent considéré comme bénéfique», explique-t-elle. «Il marque et infléchit le parcours de vie, il marque le corps aussi. La plupart de gens le capitalisent comme une expérience qui les a transformés.» C’est ce que raconte Sonia*, 35 ans. «J’étais en couple depuis cinq ans, tout allait très bien. J’ai croisé Laure dans une soirée, on ne s’est rien dit, mais tout mon corps était perturbé. C’était comme un courant électrique, on est parties ensemble de la soirée sans savoir ce qui nous attendait et notre aventure a duré quelques mois, d’une intensité incroyable. Mon couple a volé en éclat, cette histoire s’est aussi mal terminée. Mais je ne regrette rien, connaître cette sensation forte juste une fois dans sa vie c’est merveilleux.»Pas qu’une question de chimieLes études scientifiques, notamment en neurobiologie, tentent d’expliquer chimiquement cette foudre amoureuse. Dans le dernier numéro de la revue Journal of Sexual Medicine, Stéphanie Ortigue, professeur en psychologie et neurologie à l’université de Syracuse, y affirme que le sentiment amoureux stimule les aires intellectuelles du cerveau et pas uniquement celles liée à l’affectivité. «C’est bien le cerveau qui tombe amoureux, mais le cœur est sensible à ces messages chimiques venant des neurotransmetteurs cérébraux.» On aurait ainsi dans le cerveau 250 substances sécrétées naturellement qui interviennent aux différents stades du processus amoureux. «Nous sommes de la biochimie», affirme le professeur Jean-Didier Vincent, neurobiologiste, dans le documentaire La biochimie du coup de foudre de Thierry Nolin. «Et ce n’est pas réducteur que de dire ça, c’est dans notre cerveau que s’élabore notre jouissance.» Pour Marie-Noëlle Schurmans ces explications qui «ont l’air rationnelles» constituent bel et bien «une perspective réductionniste puisqu’on ne sait toujours pas pourquoi ces substances envahissent notre cerveau. Cette théorie est déculpabilisante dans un sens, mais pour moi elle n’explique rien.»Accepter de le voir mourir Si les amants culpabilisent c’est que vivre un coup de foudre, c’est renoncer au rationnel et se laisser emporter sans réfléchir aux conséquences, s’isolant du regard des autres. «L’immédiateté de la passion va de pair avec la non-médiatisation par le social : les autres ne disposent pas d’un espace d’intervention. Et cette immédiateté fait fi de la sagesse : elle semble échapper tant à la raison individuelle, centrée sur la maîtrise de soi, qu’à la raison collective, centrée sur l’organisation sociale», note Marie-Noëlle Schurmans dans un article paru dans la revue Sciences Humaines en 2003. Comment réussir alors à prolonger son coup de foudre, une relation est-elle d’avance condamnée lorsqu’elle démarre aussi intensément? «Il y a trois grandes destinées», résume la sociologue. «La première c’est la mort des héros, c’est Roméo et Juliette. Le coup de foudre désinsère la personne de sa vie habituelle de manière si intense que cela le porte à la mort. Dans mes entretiens je n’ai eu aucun cas même si certains n’en étaient pas loin. La deuxième, c’est la mort de la relation. Cette intensité amoureuse qui rend les choses si exigeantes ne peut survivre sur la longueur et dans le monde qui l’entoure, cela devient insupportable. La troisième destinée est sûrement la plus intéressante, c’est la mort du coup de foudre lui-même. Et là il s’agit d’un travail de réinsertion de sa propre histoire qui a commencé de manière exceptionnelle à l’origine et qui s’apaise dans l’échange habituel avec autrui. On ne peut plus vivre à ce niveau d’intensité dans le temps et l’espace. Les protagonistes doivent renoncer à la permanence de cet état de coup de foudre et le transformer en une relation plus proche du modèle amour-amitié.»Eteindre le feu ravageur pour entretenir la flamme d’un couple ayant un avenir. Redevenir un animal rationnel et raisonnable, en renonçant au destin des amants maudits. La vraie vie n’est pas une tragédie de Shakespeare.» Le coup de foudre amoureux, essai de sociologie compréhensive, Marie-Noëlle Schurmans, Lorraine Dominicié, 1998, PUF.» D’amour et de feu – Enjeux anthropologiques, dimensions socio-historiques et situées de l’interaction sociale, Marie-Noëlle Schurmans, SociologieS, Dossiers, Émotions et sentiments, réalité et fiction, juin 2010.
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“Les e-mails nous rendent fous”
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L’augmentation des informations propagées par nos ordinateurs et les écrans de nos smart-phones provoque un “goulot d’étranglement” dans notre cerveau et empêche toute pensée profonde, selon Nicholas Carr, ancien rédacteur en chef de la Harvard Business Review. La dépendance à la technologie et les bribes d’informations qu’elle fournit en permanence endommagent notre capacité à penser.
Une récente étude dévoilait que les employés de bureau anglais regardaient leur boîte de réception au moins 30 fois par heure. Pour chaque nouvelle information reçue, notre cerveau libère une dose de dopamine, un produit chimique inducteur de plaisir lié à un comportement addictif. “Nos gadgets nous transforment en rats de laboratoire hi-tech, qui appuient stupidement sur un levier dans l’espoir de recevoir une boulette de nourriture sociale ou intellectuelle. Ce qui rend les messages digitals fascinants, c’est leur incertitude. Il y a toujours la possibilité que quelque chose d’important nous attende dans notre boîte aux lettres.”
Les scientifiques craignent que l’attention divisée dont on fait preuve en permanence nuisent au processus de la pensée et à notre capacité de concentration. Ce qui pourrait mener à des comportements irrationnels et nous rendre fous!
Un peu plus tôt cette année, le PDG de Google, Eric Schmidt, exprimait lui aussi son inquiétude. “Je crains que l’interruption permanente, la rapidité foudroyante de l’information – et en particulier des informations stressantes – affectent notre pensée profonde.” Carr ajoute que l’abondance de l’information “entrave la compréhension, empêche la formation de souvenirs et rend l’apprentissage plus difficile. Quand nous prenons connaissance de trop de données en même temps, nous faisons sauter les liens. Nous souffrons de ce que les scientifiques appellent une surcharge cognitive du cerveau.” Du coup, nous ne conservons que très peu d’informations et nos pensées sont “minces et éparses.”
Dé.L.
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Des scientifiques découvrent que la lecture fait du bien au cerveau
[2010-11-25]

Très jeunes, on nous encourage à lire en nous affirmant souvent que c’est bon pour le cerveau. Mais quel est donc l’effet exact de la lecture sur le cerveau? Une équipe internationale de neurologues s’est penchée sur cette question, et a constaté que le cerveau de ceux qui savent lire, qu’ils aient appris jeunes ou adultes, réagit plus fortement aux mots écrits au niveau de diverses zones cérébrales. Les résultats ont été récemment publiés dans la revue Science.
Des scientifiques de Belgique, du Brésil, de France et du Portugal, sous la direction de Stanislas Dehaene, psychologue cognitif et neuroscientifique de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) de Gif-sur-Yvette (France), ont étudié l’alphabétisation pour savoir si elle améliorait le fonctionnement du cerveau et si elle entraînait des pertes. Ils ont ainsi mesuré par résonance magnétique nucléaire la réponse cérébrale de 63 participants portugais et brésiliens au langage oral ou écrit, à des images de visages, de maisons et divers outils. Au total, 10 des volontaires étaient analphabètes, 22 avaient appris à lire à l’âge adulte, et 31 dès l’enfance.
Les expériences ont montré chez tous les participants une réponse vigoureuse aux mots écrits dans plusieurs zones du cerveau associées au traitement de la vision. En outre, mais seulement chez ceux qui savaient lire, les mots écrits ont déclenché une activité dans des parties du lobe temporal gauche qui concernent le langage parlé. Pour les chercheurs, ceci suggère que la lecture utilise des circuits du cerveau qui ont évolué par rapport au langage parlé, qui est une innovation bien plus ancienne de la communication humaine. La lecture est une invention relativement récente de l’histoire humaine, l’écriture datant d’environ 5000 ans.
«Acquise dès l’enfance ou à l’âge adulte, l’alphabétisation améliore la réponse du cerveau d’au moins trois façons différentes», constate l’article. «Elle favorise l’organisation du cortex visuel», la partie du cerveau qui reçoit et traite l’influx véhiculé par les nerfs optiques. L’effet se produit «particulièrement en améliorant la réponse à l’écriture connue au niveau de la zone VWFA [aire de la forme visuelle des mots] dans le cortex occipito-temporal et en renforçant la réponse visuelle précoce du cortex occipital, de manière partiellement rétinotopique.»
En second lieu, «grâce à l’alphabétisation, c’est quasiment tout le réseau du langage parlé de l’hémisphère gauche qui est activé par des phrases écrites. La lecture, qui est une invention culturelle tardive, approche ainsi l’efficacité de la parole, qui est le canal de communication le plus évolué de l’espèce humaine».
Enfin, les chercheurs notent que leurs travaux ont montré que «l’alphabétisation affine le traitement du langage parlé en développant le planum temporale, une région phonologique, et en rendant disponible de manière descendante un code orthographique».
Cette plus grande activité cérébrale pourrait avoir un inconvénient: les chercheurs ont constaté que chez ceux qui ont appris à lire très tôt, la réponse aux images de visages implique une plus petite région du cortex occipito-temporal gauche.
«L’effet positif majeur de l’alphabétisation ne doit pas cacher que, comme toutes les autres formes d’expertise, elle se traduit par des effets de compétition au niveau du cortex», soulignent les auteurs. «Nous avons ainsi constaté une réduction notable de l’activation de l’aire de la forme visuelle des mots face aux visages et aux damiers.» Ils concluent cependant que davantage de travaux sont nécessaires pour déterminer si cet effet réduit notre capacité à reconnaître les visages.
Ce n’est pas la première fois que l’on souligne l’importance de la lecture pour le cerveau. L’an dernier, Manuel Carreiras du Basque Center on Cognition, Brain and Language de San Sebastián en Espagne, a découvert que le cerveau des adultes ayant appris à lire sur le tard différait par sa structure de ceux qui ne savent pas lire.
Pour de plus amples informations, consulter:
INSERM:
http://www.inserm.fr/
Revue Science:
http://www.sciencemag.org/
Catégorie: Divers
Source des informations: Revue Science; INSERM
Référence du Document: Dehaene, S., et al. (2010) How learning to read changes the cortical networks for vision and language. Science, publié en ligne le 11 novembre. DOI: 10.1126/science.1194140.
RCN: 32801
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Le cerveau humain… le grand contrarié
par Jean-Pierre Eggerschwyler, Pédagogue indépendant
Mon concept repose depuis toujours sur une vision sans équivoque : « Choisir la vie ». Le mot clef de toute éducation humaniste.
C’est à l’aune de cette « image intérieure » (voir p.e. Hüther, Gerald ; Die Macht der inneren Bilder) qu’il faut développer aussi bien les infrastructures (bâtiments, salles de classe, et.), la formation des enseignants, les programmes scolaires, l’emploi du temps, la pédagogie à appliquer, la manière de traiter les enfants, les ados, les étudiants, les enseignants, le personnel…
Le passé ne manque pas de formules voire de concepts lucides (parfois peu suivis d’ailleurs). Aujourd’hui, nous avons à notre disposition des connaissances nouvelles quant à l’objet de toute éducation, le cerveau. Ces connaissances peuvent se traduire en de nouveaux concepts pédagogiques qui approchent mieux cette « image intérieure » qu’est « choisir la vie ».
Je compare notre époque à celle où un Kepler, un Galilée découvrent de tout nouveaux rapports célestes en pointant leur lunette vers les astres. Grâce à de nouvelles connaissances (visions plus profondes), les concepts de cette époque furent renversés. Nos « lunettes » modernes, les appareils à résonances magnétiques p. ex., qui scrutent le cerveau humain, nous offrent des visions qui avec le temps renverseront de même beaucoup de nos vieux concepts. Curieusement, les réactions se font — surtout dans notre pays — pareilles à celles de l’époque du passé : ignorer d’abord, puis combattre farouchement pour — je l’espère — finalement répandre le nouveau concept comme le sien…
Voici seulement quelques résultats de ces recherches sur le fonctionnement du cerveau humain (choix fort réduit et aléatoire) :
— Notre cerveau est profondément conditionné par ce qui lui arrive (conditions prénatales, parentales, sociétales, etc.). La partie héréditaire se réduit relativement à très peu.
Donc, le respect et le soutient de la femme enceinte par sa volonté, la politique familiale, l’accueil de l’enfant, le comment il sera traité, la protection du jeune cerveau des stupidités abêtissantes et violentes d’une industrie de l’image agressive et omniprésente, une abondance généreuse d’« images » positives, de bons contacts, d’actions valorisantes, etc. sont des impératifs.
— Insister sur une erreur, une faute, une incompétence renforce dans le cerveau l’incompétence, la faute, l’erreur.
La vie politique regorge de cette « stratégie ». Décrier les erreurs la renforce, est une perte de temps, envenime les rapports entre les êtres humains. L’on se complaît à démasquer les erreurs (en somme, on tend à démasquer la personne d’en face) et il ne reste plus assez de temps à travailler aux solutions. Comme disait Maurice Girodias (Le Monde, 24 -11 — 1981, rubrique Idées) : « Il est toujours plus facile de choisir la mort [insister sur l’erreur, ndlr], c’est l’éternelle solution de paresse et de facilité. Mais choisir la vie est un pari ambitieux, et donc plus intéressant. » Donc, attachons-nous à la recherche incessante des mécanismes qui renforcent la vie.
— Un cerveau qui n’a pas assez intégré la distinction immédiate (donc sans réfléchir, chercher, corriger) entre la dimension gauche de celle de droite et l’inverse lorsqu’il est fortement sollicité (stress) aura des problèmes en beaucoup de domaines : conduire une voiture, écrire, lire, calculer avec facilité, manipuler avec sécurité, etc. Il y a des procédés pédagogiques qui permettent de réintégrer cette importante distinction, l’« Évolution pédagogique », p-e.
— Les recherches nous disent clairement que lorsqu’un individu d’un groupe est félicité et mis en modèle par rapport aux autres du groupe, tous les cerveaux de ceux-ci montrent une perte de performance et d’auto-estimation…
Rappelons-nous p. e. l’idée (heureusement abandonnée) du ministre de l’Éducation de vouloir discerner des médailles d’or, d’argent, de bronze selon les résultats obtenus au baccalauréat…
— « Aider » peut réduire les performances d’un cerveau :
Lors d’un conseil de classe, le prof de maths, plus fort en maths qu’en paroles, veut articuler un mot un peu complexe, n’y arrive pas tout de suite, et, immédiatement, tous ses « bons » collègues, connaissant ses difficultés à articuler, lui mettent, en chœur, le mot dans la bouche. Avec un léger sourire dans les yeux. Le seul qui ne souriait pas, c’était le prof de maths.
Donc, mieux respecter le cerveau au lieu de l’assujettir et prendre courageusement en compte ce que cette nouvelle vision sur le réel fonctionnement du cerveau humain permet de découvrir, et ce, même si nos « images » de domination se trouvent contrariées. Voici un premier pas vers un enseignement digne du leitmotiv « choisir la vie ».
Pour plus d’informations, lire aussi « Le changement vers des attitudes plus positives ». Et mon site www.cpa-zpp.com
Jean-Pierre Eggerschwyler, contact@top-neurones.fr
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Le cerveau de Neandertal plus proche du singe
Une étude montre qu’en dépit d’un volume presque identique, le cerveau humain évolue différemment de celui de l’Homme de Neandertal.
Parce que la taille des cerveaux des humains modernes et des néandertaliens est similaire, de nombreux chercheurs ont précédemment supposé que les capacités cognitives de ces deux espèces étaient semblables. Une étude dirigée par des paléoanthropologues de l’Institut Max Planck remet pourtant en question cette hypothèse.
Basée sur des relevés détaillés des traces laissés par le cerveau sur la boite crânienne d’humains et de néandertaliens à différentes étapes de la vie, elle montre des différences dans les schémas de développement du cerveau des deux espèces d’Homo, principalement durant la première année de vie.
Un des éléments clés de ces travaux, publiés dans le Journal of Human Evolution a été la reconstruction du crâne d’un nouveau-né de Neandertal, découvert en 1914 par une équipe d’archéologues français près de Moustier en Dordogne.
Il en ressort que le cerveau humain prend une forme plus arrondie, plus « globuleuse », tandis que celui de Neandertal reste plus allongé comme chez les autres ancêtres et cousins de l’homme dont le chimpanzé, rajoutent les auteurs. Cela signifie sans doute que l’Homme de Neandertal avait un câblage neuronal différent du nôtre et qu’il ne devait probablement pas percevoir le monde comme nous.
« Nos résultats ont deux implications importantes », explique Philipp Gunz, de l’Institut Max Planck. « Nous avons découvert des différences dans les schémas de développement du cerveau qui pourraient contribuer à des différences cognitives entre les humains modernes et les Néandertaliens. Peut-être plus important, toutefois, cette découverte nous en dira plus sur notre propre espèce, nous espérons que nos conclusions aideront d’identifier la fonction de certains gènes qui présentent des signes de sélection récente chez l’homme moderne. »
Joël Ignasse
Sciences et Avenir.fr
10/11/2010
Est-ce que j’ai une gueule d’hémisphère
Pour la neurobiologiste américaine Lise Eliot, le cerveau des hommes et des femmes est pareil. S’il fonctionne différemment, c’est à cause de l’éducation, de la culture, de la société. «Oubliez la croyance qui veut que nous soyons conditionnés par la nature.»
Mère de trois enfants (deux garçons, une fille) et professeur à l’Université Rosalind Franklin à Chicago, la chercheuse Lise Eliot publie en 2009 Pink brain, blue brain —sur le point d’être traduit en France— qui réfute de façon tranchante tout ce que nous croyions savoir depuis quelques années sur la différence entre l’homme et la femme. «En 1995, une équipe américaine a constaté, par IRM, que les femmes utilisaient les deux hémisphères du cerveau alors que l’homme utilisait plutôt la partie gauche. Tout le monde se rappelle de cette étude surmédiatisée. Personne n’est au courant qu’entre-temps, une vingtaine d’autres études utilisant l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ont été réalisées sur des pannels bien plus grands, et que ces études ont toutes donné des résultats contradictoires. Même chose pour le corps calleux: en 1982, dans le sérieux magazine Sciences, les chercheurs Lacoste et Holloway ont publié un article intitulé “Sexual dimorphism in the human corpus callosum” qui établissait que ce faisceau de fibres reliant les deux hémisphères cérébraux était plus épais chez la femme. Comme ce “corps calleux” est lié aux émotions, certains en ont déduit que tout ce que la femme entendait se nuançait d’affect… Cette étude a été complètement discréditée par la suite, mais, dans les medias, qui en a parlé ?» Des 50 études sur le corps calleux publiées de 1982 à 1997 et concernant 2 000 sujets, aucune différence anatomique statistiquement significative entre les sexes n’a effectivement pu être démontrée.
Dès que l’on dispose d’un échantillon de sujets important, les différences entre les sexes se trouvent gommées. Quand elles existent, ces différences sont si minimes qu’elles n’expliquent rien du tout. «Certains psychologues affirment qu’on peut déduire de ces études que les hommes se déplacent mieux, qu’ils ont une meilleure imagerie 3D dans la tête et que les femmes, elles, communiquent mieux et sont plus capables d’empathie… Mais ce n’est pas sérieux. Si les hommes développent certaines capacités (plus actifs, meilleurs en math et en sciences) et les femmes d’autres (plus intuitives, meilleures en communication), c’est uniquement parce qu’ils grandissent dans une société qui encourage les garçons à conquérir d’autres planètes et les filles à rester sages».
Lise Eliot ne nie absolument pas les différences entre hommes et femmes. Elle part juste d’une constatation: dans l’état actuel de la science, il est impossible, voire dangereux, d’attribuer ces différences comportementales au cerveau que nous recevons de naissance. «On ne peut être sûr que d’une chose.» dit-elle: «Les cerveaux masculins sont 9% plus gros que ceux des femmes. Evidemment, il y a des hommes que cela remplit d’aise. “Nous avons un plus gros cerveau”. Mais c’est normal puisque proportionnellement, l’homme est plus grand et plus massif. Tous les organes masculins sont 9% plus gros… Il existe d’ailleurs une autre différence: les cerveaux féminins contiennent plus de matière grise… Là encore, pas de quoi pavoiser. Cette différence est infime et ne semble pas avoir de répercussion sur le quotient intellectuel. Ce qui en a beaucoup d’importance, en revanche, c’est l’éducation.» Les différences entre hommes et femmes ne sont pas innées, dit-elle. Elles sont acquises. Reléguant au rang de croyance rétrograde ces histoires d’hémisphères, Lise Eliot ne cesse de répéter: «Notre organe cervical n’a pas de sexe, pas plus que notre foie ou notre pancréas. S’il y a des différences physiques, elles comptent pour rien. Ce qui compte, en revanche, c’est la façon dont l’enfant grandit dans la société.»
Pour Lise Eliot, tout est question d’apprentissage. C’est au fil de son développement que l’être humain exploite plus ou moins certaines fonctions de son cerveau. La stimulation répétée d’une partie du corps (par exemple: les doigts de la main gauche chez les violonistes) entraîne une modification significative des zones de représentation sensorielle à l’intérieur du cerveau. Répondant aux questions du journaliste Jan Füchtjohann, la chercheuse explique: «Toutes les synapses de notre cerveau évoluent continuellement. Elles se renforcent ou s’affaiblissent en fonction des sollicitations auxquelles l’organe est soumis. En ce sens, c’est un organe capable de performances incroyables. Il faut donc favoriser toutes les compétences mentales et sociales de vos enfants et, surtout, ne pas se laisser enfermer par des histoires de sexes.” Lise Eliot, bien sûr, connait les limites de l’éducation: il y a des parents qui viennent la voir, désespérés, en lui disant «J’ai donné une poupée à mon fils et il ne veut pas jouer avec.» Elle les rassure : «A l’âge de 1 ans, tous les enfants jouent avec tous les jouets, sans distinction de sexe, car ils n’ont pas encore conscience de l’altérité. A partir de 2 ans, ils commencent à prendre conscience de la différence des sexes et se positionnent, ce qui est normal.» Quand un garçon enfile les chaussures à talons de sa maman, même quand ses parents ne disent rien, il sent qu’il y a quelque chose d’anormal et il s’oriente, naturellement, vers les jouets que son environnement lui désigne comme appropriés à son sexe…
Il est important, dans les sociétés humaines, que la différence de sexes existe. Il est donc normal que les enfants soient influencés par ce standard culturel. Lise Eliot ne milite pas pour une société de clônes sexuels. Elle se contente de dire qu’il faut juste ouvrir au maximum les perspectives de développement de l’enfant, sans tenir compte de ces idées pseudo-scientifiques qui assignent à la femme le rôle de future mère aimante et à l’homme celui d’ingénieur. «Nous possédons en nous un spectre très large de capacités mentales, dit-elle. Si vous éduquez votre enfant uniquement en fonction de son sexe, c’est comme si vous le placiez dans une prison! Il ne lui reste donc plus que la moitié de l’univers pour se développer. Pourquoi les enfants devraient-ils renoncer à leurs passions, leurs talents? Ne devraient-ils pas plutôt pouvoir s’exprimer pleinement sans peur de paraître trop féminins ou pas assez?». Laissez-les vivre, demande-t-elle. Laissez-les devenir ce qu’ils veulent, sans restreindre leur champ d’expériences, ni les limiter aux activités «conformes». Leur cerveau est une si merveilleuse page blanche.
Ici : une conférence de Lise Eliot en vidéo, 41 minutes.
Je me permets de citer un article fantastique de la neurobiologiste Catherine Vidal (co-auteur : Simone Gilgenkrantz) : «Cerveau, sexe et préjugés»
«Force est de constater qu’en dépit des progrès des connaissances en neurosciences, les vieilles idées sur les différences cérébrales entre hommes et femmes sont toujours vivaces, alors qu’elles datent pour la plupart de 20 ans et plus. (…) En 1995, était publié dans Nature un article montrant que pour reconnaître des rimes entre les mots, les 19 hommes testés utilisaient l’hémisphère gauche alors que 11 femmes sur 19 présentaient une activation bilatérale. Cette expérience a eu un grand écho dans les médias qui clamaient qu’on avait enfin la «preuve scientifique que les hommes et les femmes pensent différemment» (Le Nouvel Observateur et Herald Tribune, mars 1995). Depuis lors, de nombreuses équipes de recherche en IRMf se sont penchées sur la question. Une étude de synthèse des travaux parus entre 1995 et 2004, comparant plusieurs centaines d’hommes et de femmes, permet d’éclairer le débat: le bilan ne montre pas de différences statistiquement significatives dans la répartition des aires du langage. Ce résultat n’est pas étonnant, vu l’importance de la variabilité individuelle dans le fonctionnement cérébral, qui l’emporte le plus souvent sur la variabilité entre les sexes. De toute façon, le fait de voir des différences fonctionnelles entre individus ou entre les sexes n’implique pas que ces différences sont inscrites dans le cerveau depuis la naissance, et qu’elles y resteront.»
Illustration : Action Girls, un site érotico-militia bourré de bombes à retardement.
Comment le cerveau apprend

Découvrez dans notre numéro de février 2011 comment la plasticité du cerveau nous permet d’apprendre tout au long de notre vie.
Nous pouvons apprendre à lire à tout âge. Mais nous sommes incapables d’apprendre à parler une langue étrangère sans accent après la puberté. C’est que notre cerveau n’est pas une ardoise vierge sur laquelle viendraient s’imprimer nos apprentissages les plus divers. Au contraire, nos acquis s’appuient sur une machinerie cérébrale bien organisée. Mais aussi en partie plastique. Quoique maximale pendant l’enfance, cette plasticité du cerveau existe encore à l’âge l’adulte. Des travaux d’imagerie très récents indiquent que l’acquisition de la lecture se fait au prix d’un recyclage neuronal. Des aires cérébrales spécialisées dans la reconnaissance des visages se reconvertissent dans celle des mots écrits. Sans nuire à la fonction précédente, semble-t-il.
Plusieurs modèles d’apprentissage sont utilisés par les neurobiologistes. Parmi eux, la peur. C’est un excellent moyen d’étudier l’apprentissage associatif chez des animaux tels que la souris. En avant-première, vous pouvez télécharger la double page “La peur, modèle d’apprentissage” issue de notre dossier du mois.

La Recherche
Commentaires :
Je vous recommùande d’acheter et de lire cet excellent numéro de la revue “La Recherche”
Neurosciences: le cerveau contiendrait des connaissances innées
Certaines connaissances fondamentales sont-elles innées? C’est ce que tend à prouver le travail des neuroscientifiques de l’équipe du Blue Brain à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Ces derniers ont découvert que des neurones se connectent entre eux indépendamment de l’expérience du sujet. Cette découverte radicale est publiée dans la revue PNAS.
Nous savons depuis longtemps que les circuits de neurones se forment et se renforcent suite aux expériences du sujet ? ce phénomène est désigné sous le nom de «plasticité synaptique». Par exemple, c’est ainsi que la mémoire des événements se fixe dans le cerveau. Or l’équipe du Blue Brain à l’EPFL, dirigée par Henry Markram, apporte une contribution d’une radicale nouveauté. Les scientifiques ont pu démontrer que, dans le néocortex, de petits groupes de neurones dits «pyramidaux» se connectent entre eux selon des règles immuables et relativement simples. L’expérience n’est pour rien dans la formation de ces connections. La découverte fait l’objet d’une publication dans le dernier numéro de la revue de référence PNAS.
Ces petits groupes sont estimés à une cinquantaine de neurones en moyenne. Les chercheurs pensent qu’ils pourraient être des « briques » essentielles, qui contiendraient en eux-mêmes des formes de connaissances fondamentales innées – par exemple, des représentations de certaines fonctionnalités simples du monde physique. Les connaissances acquises, telles que la mémoire, se formeraient en connectant ces briques à un plus haut niveau du système. «Cela pourrait expliquer pourquoi nous partageons tous des représentations similaires de notre environnement physique, alors même que la mémoire reflète nos expériences individuelles», explique Henry Markram.
Le principe déterminant la formation de ces microcircuits de neurones est étonnamment simple. Dans les grandes lignes, quand deux neurones sont connectés à un même voisin, la probabilité qu’ils soient eux-mêmes interconnectés est supérieure à la normale. Les chercheurs ont pu dégager un modèle statistique de cette observation.
Les scientifiques on testé in vitro des circuits de neurones de rats. Ils présentaient des caractéristiques similaires. Or, si ces circuits n’étaient formés que suite à l’expérience de l’animal, les valeurs devraient fortement diverger d’un individu à l’autre. Dans ce cas, la connectivité neuronale est donc en quelque sorte programmée à l’avance.
«Depuis environ 400 ans et les théories de John Locke, les recherches portant sur les processus d’apprentissage et de mémoire du cerveau sont guidées par la croyance que nous partirions d’une table rase, et qu’ensuite nous imprimerions des souvenirs à chaque nouvelle expérience. L’idée que la mémoire fonctionne comme un jeu de Lego, en assemblant des «blocs de savoirs», offre une perspective scientifique absolument nouvelle», explique Henry Markram.
La technologie actuelle nous permet pour la première fois de nuancer le postulat de la table rase, selon lequel nous naîtrions avec un esprit vierge de toutes connaissances. Une idée qui a fortement imprégné les sciences depuis des siècles. Il est indéniable que le savoir, au sens ou nous l’entendons habituellement (lire et écrire, reconnaître ses proches, maîtriser une langue…) est le résultat de nos expériences. Mais les travaux des scientifiques de l’EPFL tendent à démontrer que certaines représentations ou savoirs fondamentaux sont inscrits dans les gènes. Cette découverte redistribue les rôles entre inné et acquis, et représente une avancée considérable dans la compréhension des mécanismes du cerveau.
(14.03.2011)
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Le sport, c’est bon pour le cerveau aussi
publié le 10/03/2011 à 12:21
PARIS – L’activité physique, à tous les âges, augmente le débit de sang dans le cerveau et améliore le fonctionnement de cet organe, de ses cent milliards de neurones et de leurs innombrables synapses (connexions), affirment des spécialistes.
Les bienfaits de l’exercice sur la santé sont bien connus : réduction des risques de maladies cardiaques, diabète, ostéoporose, hypercholestérolémie, sarcopénie, accident vasculaire cérébral, voire certains cancers…
Mais “la pratique sportive est aussi un facteur de protection contre le déclin cognitif“, souligne le Pr Jacques Touchon, président du conseil scientifique de la Fédération sur la recherche du cerveau (FRC), qui organise le Neurodon 2011, campagne d’information et de sensibilisation pour la recherche sur le cerveau (21 au 27 mars).
Et le Pr Touchon de citer une étude, selon laquelle “les femmes qui marchent ont moins de déclin que celles qui ne marchent pas“.
Pourquoi ‘ L’exercice physique “augmente la dépense énergétique et le débit cardiaque, et donc le débit sanguin cérébral“, explique le Pr Thierry Paillard, qui enseigne les sciences et techniques des activités physiques et sportives.
“La nutrition des neurones entraîne une hausse de leur taux de survie et des connexions synaptiques, donc une hausse des capacités intellectuelles et psychomotrices“.
Il cite une étude réalisée à Montpellier, selon laquelle les exercices physiques sont aussi efficaces pour la mémoire que le travail de mémoire lui-même. Autrement dit, courir fait autant de bien au cerveau que d’essayer de se remémorer des chiffres… L’exercice physique retarderait d’ailleurs l’apparition de la maladie d’Alzheimer et des démences.
“La pratique physique est fondamentale pour l’entretien du cerveau“, et “aussi profitable sur le plan cérébral que sur le plan cardiovasculaire ou musculaire, dit le Pr Paillard.
Ce qui vaut aussi pour le développement des capacités cognitives chez les enfants.
Chez les sportifs de haut niveau, l’action met en ébullition le cerveau, qui prouve alors toute sa “plasticité“, selon le Pr André Nieoullon, président de la Société des neurosciences, qui regroupe plus de 2.500 chercheurs.
Lors d’une compétition, il y a en même temps “gestion du stress, optimisation de la performance, représentation mentale de l’action“, note-t-il.
“Le mouvement imaginé va structurer le fonctionnement du cerveau“, les zones impliquées dans le processus sensori-moteur “vont être augmentées“, ainsi que la vitesse de conduction des messages, le nombre de connexions des neurones… Luxe suprême, l’exercice physique “agit sur “la neurogenèse”, c’est-à-dire la production de nouveaux neurones.
Sébastien Flûte, champion olympique de tir à l’arc aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992 et qui se prépare pour les Jeux de Londres, témoigne du travail mental que l’on doit faire pour atteindre le très haut niveau.
Il évoque “la concentration extrême” et “l’automatisation des gestes” lors d’une compétition, qui laisse, dit-il, l’esprit libre pour gérer “l’environnement et l’inattendu“. C’est-à-dire, pour le tir à l’arc, le vent et la pluie, ou le compétiteur qui vous talonne.
Comme le souligne le Pr Touchon, “les neurosciences ont besoin des sportifs“, dont le comportement peut fournir des pistes aux chercheurs, et les sportifs ont besoin du regard des scientifiques, notamment pour connaître l’impact de leurs excès.
Par AFP


















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